Que peut-on retenir aujourd’hui de 1990, pour les homos et les lesbiennes ? Quels ont été « nos » événements, pendant que les pays de l’Est cherchaient leur voie, que Mikhaël Gorbatchev (l’homme à la tâche sur le front) recevait le prix Nobel, que Boris Eltsine déclarait la souveraineté de la Russie et que Saddam Hussein envahissait le Koweït ?

Pour les homos, 1990, ce fut tout d’abord l’affaire de la disparition de Joseph Doucé. Le pasteur, fondateur du Centre du Christ Libérateur, défenseur des homos, des trans… des sado-masos, était interpellé à son domicile le 19 juillet, amené par des hommes se présentant comme de la police. Puis plus rien. Trois mois de silence. L’inquiétude de son ami, Guy Bondar. Un comité de soutien… Son corps devait finalement être retrouvé le 18 octobre en forêt de Rambouillet, en état de décomposition avancée. L’enquête devait longtemps piétiner, les RG plus ou moins inquiétés, et notamment l’inspecteur Jean-Marc Dufourg : le pasteur Doucé aurait été filé pour soupçons de pédophilie, aurait fait l’objet de manœuvres d’intimidation, pour disparaître donc subitement sans qu’on connaisse finalement jamais d’autre dénouement qu’un non-lieu prononcé en 2007…

Autre affaire judiciaire, Pierre Chanal était jugé en octobre. L’ancien adjudant-chef du camp de Mourmelon, militaire très bien noté par sa hiérarchie, avait été appréhendé par la police en 1988 dans son combi Volkswagen vert. 22 heures plus tôt, il avait pris en auto-stop un jeune étudiant hongrois, Palazc Falvay, l’avait conduit au fond des bois, avant de lui faire subir de longs sévices sexuels et de le violer. Pour sa défense, le militaire ne cessa d’invoquer l’homosexualité consentante de sa victime. Il devait finalement écoper de 10 ans de réclusion pour cette affaire, sans pour autant être inquiété pour d’autres affaires dans lesquelles planaient des soupçons de culpabilité, et notamment la fameuse affaire des disparus de Mourmelon…

Pendant ce temps, dans leur vie de tous les jours, les Français pouvaient danser sur « Step by step » (New Kids On The Block et les premiers pas de Robbiiiiiie Williams), « Oui, de l’adore » (Pauline Esther) ou « Une femme avec une femme » (Mecano). Un ancien hockeyeur et acteur de série télé nous arrivait du Québec : Roch Voisine exportait son mythique « Hélène » en France. Axel Bauer, après avoir affolé tout le monde avec son clip « Cargo », sortait un deuxième album et partait en tournée. Au cinéma, c’est Antonio Banderas qui mettait tous les sens en éveil dans « Attache-moi ! », de Pedro Almodovar. Et Matthew Broderick était la vedette de « Torch Song Trilogy », la pièce à succès d’Harvey Fierstein, adaptée au cinéma par Paul BogartSylvie Joly faisait la tournée des bars gais avant d’entrer à l’Olympia ; Lambert Wilson se lançait dans le tour de chant ; Valérie Lemercier investissait le Splendid ; et Barbara revenait sur scène à Mogador ! De quoi nous consoler après que Jimmy Somerville avait annoncé lors de sa tournée au profit d’Act Up qu’il allait mettre un terme à sa carrière.

En 1990 disparaissaient des vedettes mythiques du cinéma : Barbara Stanwyck, Ava Gardner, Greta Garbo la Divine. Et même Alice Sapritch ! Le réalisateur Jacques Demy repliait ses parapluies à jamais. Et Tina Turner faisait sa (deuxième) tournée d’adieux…

Plus près de nous, l’Europe donc connaissait de grands bouleversements sur son aile orientale, et les gais et lesbiennes de l’Est commençaient à s’organiser pour survivre et faire valoir leurs droits. Les gais est-allemands, eux, craignaient l’avenir : la RDA avait abrogé le fameux paragraphe 175 (celui qui avait permis la persécution et l’assassinat de milliers d’homos durant la période nazie) ; mais pas la RFA. Sur quel modèle la réunification allait-elle se faire ? Le 27 octobre, une immense manifestation avait lieu à Berlin pour l’abrogation du paragraphe, en présence, de Jimmy Somerville. Toujours lui ! Quelques semaine avant la réunification officielle, les est-allemands déposaient même un projet de loi sur le partenariat homosexuel. Dernier baroud d’honneur ?… En 1990, l’Europe bougeait aussi (un peu) à l’ouest : les élections conduisaient une femme ( !) à la Présidence de la très catholique et traditionnelle Irlande ; durant la campagne, Mary Robinson avait promis d’œuvrer pour la non-discrimination des homos, et les mesures concrètes devraient finalement attendre…

En 1990, comme toutes les autres années, quelques belles preuves d’homophobie nous étaient fournies sans qu’on ne demande rien. Dans le Figaro, Jean-Denis de Casteja, par exemple, nous donnait sa version personnelle du jardin des Tuileries : « Nous ne pouvons plus promener nos enfants sans rencontrer un de ces êtres malsains et malingres qui y stagnent à longueur de temps. Quelle tristesse, malgré le nom qu’on leur attribue : gais ! ». L’Echo, journal réunionnais, s’essayait quant à lui à l’étude psychologique des homos, en marge d’une affaire de viol jugée aux Assises : « Le fait qu’on ne soit pas véritablement intégrés à la société peut entraîner plusieurs choses, par exemple : une personne complexée dans cette société sera introvertie et à partir de là pourrait développer un terrain privilégié pour cultiver un esprit sadique à plus ou moins long terme. […] Si arrivés à un certain âge, autour de 40/50 ans, nous n’avons pas encore trouvé l’âme-frère, c’est à ce moment que les problèmes peuvent débuter. […] Le plus gros problème de la personne homosexuelle, c’est qu’elle porte en elle la disposition au meurtre du père. » Sans commentaire…

Homophobie dans la presse, homophobie dans les plus hautes institutions. Le cabinet de Pierre Joxe mettait un point final à l’affaire Christian O, CRS viré de la police sous l’ère Pasqua pour « mauvaises fréquentations et comportements douteux dans la vie privée », et refusait sa réintégration. En Belgique, c’est la Ligue flamande des Droits de l’Homme qui était épinglée pour le licenciement de John de Witt, un de ses permanents homosexuels. Un jugement de la Cour d’appel enfin légitimait le licenciement pour homosexualité de Jacques P, sacristain à Saint-Nicolas-du-Chardonnet… Face à ces cas, heureusement, quelques éclaircies. Le Conseil des prud’hommes jugeait abusif le licenciement par une pizzéria parisienne d’un employé du seul fait de sa séropositivité. La Cour d’appel aussi confirmait la condamnation d’une société et de son directeur qui, en 1987, avaient refusé de réintégrer Marcel Devilaine, atteint du sida, au terme d’un arrêt maladie. L’employeur avait alors longuement tergiversé, avant de rendre public le conflit auprès de l’ensemble du personnel en révélant la maladie de l’employé. En 1989, un premier jugement avait déjà condamné la société à 100.000 francs de dommages et intérêts. Mais celle-ci avait, fait appel, 4 jours seulement après le décès du salarié. Classe !

En 1990, la religion avait déjà des problèmes avec l’homosexualité. A peine nommé archevêque de Canterbury, Monseigneur Runcie déclarait par exemple s’opposer à l’ordination d’homosexuels « pratiquants ». En Iran, l’ayatollah Musavi-Ardebili appelait carrément à l’extermination des homosexuels, lors d’un sermon retransmis par Radio Téhéran. Face à cela, Mgr Gaillot, encore archevêque d’Evreux, participait au débat « Les homosexuels, une chance pour l’Eglise et la société », organisé par le projet Ornicar. L’abbé Pierre, lui, était invité par l’association David & Jonathan et déclarait que l’Eglise devait accueillir les gais…

En 1990, les autorités n’hésitaient pas à traquer les gais. De faux flics partaient piéger les dragueurs dans les toilettes de la gare Saint-Lazare. A Strasbourg, la police organisait une descente arbitraire dans une boîte homo, contrôlait l’identité de tous les clients, envoyait à la fourrière les voitures mal garées et embarquait au poste tous ceux qui avaient tenté de s’interposer ou de refuser le contrôle d’identité… A Montréal aussi, un sit-in et un kiss-in étaient organisés devant le poste 25 de la police, pour manifester contre une récente vague de répression à l’encontre d’homosexuels… A Londres, c’est dans Hyde Park que les policiers en civil draguaient pour piéger les homos et les appréhender. L’association OutRage devait protester officiellement. OutRage, toujours, qui organisait en septembre un « kiss-protest » et réunissait 400 gais à Piccadilly Circus pour se rouler des pelles pendant plus d’une heure et ainsi défendre le droit des homos à s’embrasser dans la rue. Londres, décidément ville à problèmes : en fin d’année, la police faisait une descente au Coleherne, un des plus célèbres pubs gais, traitant les clients de « sales pédés ». Les pédés en question décidèrent cependant de se défendre ; certains furent arrêtés, et les autres partirent envahir le commissariat, avant de porter plainte… Aux Etats-Unis, Act Up Géorgie manifestait contre la loi antisodomie qui, dans la moitié des Etats, assimilait encore certaines pratiques sexuelles à un crime… En Suisse, c’est l’association Dialogai qui s’insurgeait et révélait la mise en place par la police helvétique de fichiers de séropositifs ! En revanche, la Convention européenne des Droits de l’Homme contraignait les parlementaires de l’île de Jersey à décriminaliser l’homosexualité, malgré leur « dégoût » proclamé. Et le 11 juillet, Hong-Kong abolissait la loi antigaie en vigueur depuis 1843…

Le retour à l’ordre moral était-il porteur en 1990 ? A l’initiative de la députée Christine Boutin (déjà elle !), l’Assemblée nationale votait un article de loi qui taxait à 30% les messageries télématiques et téléphoniques à caractère pornographique… Aux Etats-Unis, les ultra-conservateurs intentaient un procès à Dennis Barrie, directeur de la galerie de Cincinnati qui avait accueilli l’exposition Mapplethorpe, accusée d’encouragement à l’obscénité et d’utilisation illégale de mineurs… Le lobbying gai cependant montrait sa force : Philip Morris avait financé la campagne électorale de Jesse Helms, notoirement homophobe. Act Up Washington appela les gais à boycotter les cigarettes Marlboro et les bières Miller, produits de la firme ; même au Texas, 23 établissements gais de Dallas retirèrent ces même produits de la vente. Philip Morris devait finalement céder et retirer tout soutien au nouveau sénateur…

En 1990, l’homosexualité faisait quelques pas timides en politique. Lors de leur première rencontre internationale, à Strasbourg, les jeunes écologistes européens s’engageaient pour l’accès aux mêmes droits pour tous, y compris les homosexuels : mariage, adoption, héritage… La section CFDT-PTT de la Manche jouait les précurseurs et mettait en place une Commission séropositivité. Le 11 octobre, un député homosexuel témoignait anonymement dans Gai Pied Hebdo… A Londres, à l’occasion des élections municipales, plusieurs candidats affichèrent publiquement leur homosexualité…

Si l’on ne parlait pas encore tout-à-fait de mariage ou d’homoparentalité en 1990, certains événements peuvent néanmoins être relevés. A Reims, Bruno et Pierre obtenaient un certificat de concubinage, après avoir adressé une simple demande à la mairie ! Grande première, un juge accordait la garde de trois enfants à leur mère, après que celle-ci était partie vivre avec une femme… Au Canada, une prison accordait à un détenu le droit de recevoir des visites de son compagnon, enregistré comme concubin… Aux Etats-Unis, en marge d’élections législatives où tous les candidats gais avaient été élus, un référendum local californien (la « proposition K ») était approuvé à 54% et reconnaissait officiellement le « partenariat domestique » pour les couples gais… En Suède, par contre, le projet de loi sur le partenariat gai était finalement renvoyé aux calendes grecques…

En 1990, les média français commençaient à s’intéresser vraiment aux gais et lesbiennes. Jean-Marie Cavada consacrait un numéro de sa Marche du Siècle à l’homosexualité, en prime-time sur FR3. TF1, elle, présentait des témoignages reconnus de qualité (oui, oui, j’ai bien dit TF1) dans son magazine « La vie de famille », lors d’un numéro intitulé « Mon fils est homosexuel » ; la ménagère a quand même dû trembler 😮 Le sida aussi fut sujet de débats, bien sûr. Bernard Pivot consacra un numéro d’Apostrophes à ce sujet, recevant notamment Hervé Guibert. Quelques semaines plus tard, ce sont les Dossiers de l’Ecran qui en feront leur thème. Le 1er décembre, Antenne 2 et FR3 consacrèrent enfin 1 ou 2 heures à la question ; ce furent des émissions tardives, certes, mais c’était déjà ça de gagné. En marge de tout ça, FR3 diffusait chaque matin son émission Continentales et mettait Alex Taylor à l’antenne. Ahhhhh, Alex… Michel La Rosa, par contre, était éjecté d’Antenne 2, et son émission Ca va tanguer brutalement arrêtée après qu’un numéro consacré à l’érotisme avaiit filmé l’inventaire d’un sex-shop et ainsi fortement déplu au président de la chaîne, Philippe Guilhaume

En 1990, la question sexuelle demeurait encore largement tabou chez les people. Bruno Masure avait certes déclaré être bisexuel, mais pour rétropédaler très vite : en fait tout le monde est bisexuel… potentiellement, et lui pas plus que les autres. Les journaux à scandales, eux, commençaient à être titillés sur le sujet. Paul Barresi y racontait son histoire d’amour avec John Travolta. Et Voici révélait carrément qu’Anthony Perkins était atteint du sida…

Quoi de neuf pour la vie au quotidien en 1990 ? A Marseille, les homos craignaient d’être virés du parc Gabès, lieu de drague reconnu, à côté duquel la municipalité avait décidé d’installer son Ecole nationale de danse. A Paris, Futur Génération, la radio des homos, cessait d’émettre (temporairement). Le Club et le Broad Connection, boîtes homos, étaient dans le collimateur de l’administration, qui obligeait les établissements à fermer leurs portes à 2h du matin. Après toute une série de tracasseries de divers autres, le Broad Connection finirait par jeter l’éponge et baisser définitivement le rideau… Un malheur n’arrivant jamais seul, un décret interdisait (déjà !) le poppers ; il faudrait désormais s’en remettre aux dealers, qui le vendaient alors 150 ou 200 francs le flacon… Mais tout n’était pas si noir dans le paysage parisien : IEM ouvrait son gigantesque sex-shop homo de 1000 m², rue Saint-Maur. Et l’ASMF organisait son premier « meeting démoniaque » [pour ceux qui ne connaîtraient pas l’ASMF, toutes les explications en message privé 😉 ]. Quand on voulait s’échapper des caves obscures, on pouvait ensuite contacter Euro Man Travel qui proposait l’air de la mer lors d’une croisière commerciale gaie en Méditerranée… A Paris toujours, un collectif d’associations négociait avec la Mairie pour la création d’un centre gai et lesbien… Equivox, chorale gaie et lesbienne, déposait ses statuts d’association loi 1901. Enfin, le 19 juin, le Sneg voyait le jour, réunissant une vingtaine de dirigeants d’entreprises ; une soixantaine d’autres se déclarèrent d’emblée intéressées ou donnèrent leur accord de principe…

De grands événements bien sûr, aussi, en 1990. Gai Pied organisa son deuxième Salon de l’homosocialité au Cirque d’Hiver. En juin, la 11ème Gay Pride parisienne s’organisa pour la première fois sur toute une semaine de débats et soirées festives. La participation à la marche finale fut par contre en baisse par rapport aux années précédentes… La Gay Pride, toujours, renaissait de ses cendres en Belgique, après huit ans d’absence. Et à Johannesburg, la première Gay Pride d’Afrique du Sud réunissait plus d’un millier de gais. A Vancouver, enfin, 7500 athlètes, dont une centaine de Français, s’affrontaient lors des IIIème Gay Games

La capote fit à nouveau parler d’elle en 1990. Au printemps, le SID (Service d’Information et de Diffusion du Premier ministre) mettait son veto à la campagne de prévention de l’Agence française de Lutte contre le Sida, avec un argument bêton : « Nous ne voulons pas imposer cette publicité aux gens qui moralement refusent le préservatif » (sic). A l’été par contre, un couple homo pouvait enfin apparaître sur la campagne « Les préservatifs vous souhaitent bonnes vacances », toujours sous l’égide de l’AFLS. En Espagne, par contre, le clergé était vent debout contre une campagne de promotion de la capote à destination des jeunes qui proclamait « Mets-le. Mets-le lui. »…

En 1990 se tint à San Francisco la Vème Conférence internationale sur le sida. Certaines associations avaient appelé au boycott de l’événement, pour protester contre les Etats-Unis, dont la loi sur l’immigration interdisait l’entrée sur le territoire des séropositifs et les sidéens. (Cette disposition fut finalement assouplie et en fin d’année, le Sénat devait même abroger une loi de 1952 qui interdisait carrément l’entrée des homosexuels). En France, l’AFLS avait loué une grande salle de 900 places à la Cité des Sciences de la Villette pour retransmettre les débats de la conférence. L’initiative fut loin de faire salle comble, et l’Agence fut critiquée pour le coup financier de l’opération…

1990 fut bien sûr encore une année noire pour les homos et la lutte contre le sida. En France, la Direction générale de la Santé prévoyait en avril un quasi doublement des cas de sida d’ici la fin de 1991. L’OMS, elle, revoyait en août ses chiffres nettement à la hausse, et estimait à 700.000 le nombre de cas de sida dans le monde depuis 1980, tandis que la population séropositive était évaluée entre 8 et 10 millions de personnes. Parmi les victimes du sida, on compta en 1990, entre autres : Patrick Kelly, styliste américain ; Ian Charleson, acteur britannique (« Les Chariots de feu » notamment) ; Jean-Claude Letist, 44 ans, secrétaire général de l’Ilga ; Maurice Fleuret, critique musical au Nouvel Observateur ; Halston, 57 ans, couturier des stars aux Etats-Unis ; Grégoire Herpin, 40 ans, militant au Cuarh, puis à la Rhif et aux GPL ; Ivan Burger, comédien ; Guy Paulin, couturier qui avait succédé à Karl Lagerfeld chez Chloé ; Michel Guy, ministre de la Culture sous VGE (la presse passa bien sûr la cause du décès sous silence) ; Jacques Rebuffat, administrateur du théâtre Mogador ; Philippe Béraud, 24 ans, militant et membre du bureau de la Gay Pride ; Manuel Lherbet, animateur de Planète des hommes sur FG, puis directeur des programmes et finalement président de la radio ; José Soto, scientifique, directeur de Fundacion Vida (ONG du Costa Rica) ; Jean-Marie Combettes, ancien collaborateur de la revue Masques ; Jean-Claude Detais, animateur du Melody, de la Grande Ferronerie, du Broad, du Broad Bazar, et du Broad Side ; Yann, patron du bar Le Transfert ; Romuald et Cécilio, clavistes à GPH ; Michel Politis, informaticien à GPH ; Pierre Mardon, ancien collaborateur de GPH… 1990 vit aussi la disparition de David Girard, 31 ans, surnommé « Citizen gay » : ancien prostitué, patron du King Sauna, du King Night, du Haute Tension, du gratuit 5/5, puis du magazine Gay International, c’était un personnage médiatique, invité même à Apostrophes (!), très controversé du milieu, et qui refusa jusqu’au bout de reconnaître sa séropositivité… L’écrivain cubain Reinaldo Arenas, lui, préféra mettre fin à ses jours : « En raison de mon état de santé et de la terrible dépression qu’elle me cause du fait de mon incapacité à continuer à écrire et lutter pour la liberté de Cuba, je mets fin à ma vie […] Je veux encourager le peuple Cubain dans l’île comme à l’extérieur, à continuer le combat pour la liberté. […] Cuba sera libérée. Je le suis déjà. »

Bien qu’étant la ville la plus touchée en Europe, Paris n’avait aucune politique globale de lutte contre le sida. Michèle Barzach, adjointe chargée des affaires de santé, décidait donc en 1990 de recevoir les représentants d’Act Up, Aides, Arcat-sida, Positifs, Aparts, Vaincre le sida… pour mettre au point un plan d’action, lequel serait finalement fort décrié… Au niveau national, le projet de loi Evin contre les discriminations liées à l’état de santé, qui avait été voté à l’unanimité à l’Assemblée nationale, dut subir les assauts de sénateurs RPR rétrogrades lors de son passage devant la Chambre haute… En décembre, un sondage révélait que 69% des médecins français étaient favorables au fait de révéler eux-mêmes, et sur leur propre initiative, la séropositivité de leurs patients à leurs conjoints ! La DDI, anti-rétrovirus produit par Bristol-Meyers-Squibb, débarquait enfin en France après une longue attente, alors même que la presse américaine se faisait l’écho de décès survenus suite à son utilisation…

En 1990, pour finir, les associations poursuivaient bien sûr leur travail de terrain dans la lutte contre le sida. Après Paris, Aparts ouvrait 2 appartements thérapeutiques à Marseille. Vaincre le sida lançait un service de soins à domicile pour les malades du sida. A Toulouse, l’association (plus que controversée) Le Patriarche créait aussi un « espace santé » consacré à l’accueil et aux soins des personnes atteintes de sida ; mais la Ddass lui refusait toute reconnaissance officielle et subvention… Plus sérieusement, la ligne téléphonique Sida Info Service était mise en service en novembre et connaissait immédiatement un très grand « succès »… Le 5 avril 1990, dans sa rubrique hebdomadaire « roméos », GPH publiait le témoignage d’un couple d’anonymes, dont le benjamin militait à Act Up ; le jeune inconnu, Cleews Vellay, serait finalement élu Président d’Act Up-Paris en septembre 1992, pour le rester jusqu’en septembre 1994, quelques jours avant de décéder du sida. Mais ça, Gai Pied ne serait plus là pour nous en informer…

A suivre…