Coup de tonnerre à la rentrée 1985. Yves Mourousi, le présentateur vedette du 13h de TF1 (celui du célèbre « Bonjour », qui recevait Jaruzelski en imperméable et lunettes noires, ou s’asseyait sur le bureau de Mitterrand) se marie ! Le plus célèbre célibataire de France, figure de la nuit gaie parisienne, au point d’ouvrir son propre restaurant dans le Marais, a manifestement décidé de se ranger et d’épouser Véronique, au cours d’une fête grandiose, le 27 septembre à Nîmes. Toute la planète people est de la partie (Charles Aznavour, Bernard Tapie, Paul-Loup Sulitzer, Denise Fabre, Annie Girardot, Marie-Laure Augry bien sûr…). Frédéric Mitterrand, Yvette Horner, Alice Sapritch, Jacques Chazot font aussi partie des 360 invités. Le mariage civil (si, si, un VRAI mariage) est suivi d’un spectacle sous le chapiteau du cirque Zingaro, puis d’un long dîner. Le lendemain, c’est au tour de la cérémonie religieuse. Rien ne manque. Messe, bénédiction de la foule, corrida, jusqu’au feu d’artifice et grand bal disco offert à 20.000 anonymes. Paris Match offrira de beaux reportages photos pour la ménagère de moins de cinquante ans, qui devait commencer à s’inquiéter pour Yves, qui aura quand même dû attendre ses 43 ans avant de trouver la femme qui aura fait chavirer son cœur…

A Paris, on glose. Ce mariage quasi royal fait sourire certains ; d’autres s’esclaffent carrément. L’occasion en tous cas pour le producteur Paul Lederman de faire un gros coup, en grillant la vedette à Yves et Véronique. Le 25 septembre, soit deux jours avant le spectacle nîmois, il organise en effet à Paris un autre mariage, tout aussi mis en scène, mais à la couverture médiatique encore plus grande : le 25 septembre, donc, Thierry Le luron épouse Coluche !! Dès 11 heures, l’union est célébrée au musée de Cire de Montmartre. Coluche apparaît en robe de mariée, vaporeuse à souhait, entouré d’un parterre de travestis de chez Michou. Eddie Barclay est son témoin. Le Luron, smoking et haut de forme, promène ensuite en calèche son épouse d’opérette à travers tout Paris, jusqu’au Fouquet’s sur les Champs-Elysées. Ce mariage attire les foules. Spontanément, tout un cortège de mobylettes et motos se met à escorter les jeunes mariés. La foule se presse, les ovations fusent, le riz (et les nouilles) sont lancés de toute part. Coluche s’inquiète « si on ne voit pas mes couilles » dans sa belle robe. Bref, un énorme bordel dans tout Paris ! Avant que les deux tourtereaux ne finissent leur journée à Europe 1 pour l’émission quotidienne de la mariée, puis à Canal Plus pour répondre à Michel Denisot dans « Zénith »…

Le grand public ne fera peut-être pas le lien entre les deux événements. Mais le public initié saura décrypter cette mise en boîte du journaliste de TF1. Si le mariage de Coluche et Le Luron reste dans les mémoires, force est de reconnaître que plus personne ne se souvient de celui de Mourousi. La partie a été gagnée par les trublions, Le Luron a eu au final plus d’audace que Mourousi. Les people de l’époque étaient rares qui pouvaient faire part de leur homosexualité. Certains s’en amusaient, d’autres se lançaient dans de nouvelles vies plus respectables. Et d’autres enfin se prenaient à rêver : « La semaine prochaine, je me fiance avec le prince Albert et j’aurai Le Pen et Bokassa comme témoins. Ainsi, j’aurai toutes les couvertures de vos magazines » conclura Jean-Claude Brialy

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de septembre 2012

D’après les articles parus dans Gai Pied Hebdo 188, du 5 octobre 1985.