201308_Samourai1Samedi 28 août 1982 : 8.000 spectateurs sont installés dans le Keazar Stadium de San Francisco pour la cérémonie d’ouverture de la toute première édition des Gay Games. Tous sont venus applaudir le défilé des 1.300 athlètes des deux sexes, représentant de 15 pays, qui vont s’affronter jusqu’au 5 septembre dans 17 disciplines différentes.

Une torche olympique est partie le 13 juin de New York, symboliquement allumée devant le Stonewall Inn, à Christopher Street. Elle entre finalement dans le stade, portée par deux anciens compétiteurs des JO, George Frenn et Susan Mc Greivy. La cérémonie se tient en présence de Doris Ward, adjointe à la maire de San Francisco et de Phil Burton, député républicain. C’est Tina Turner en personne qui anime le show de la soirée.

Ces jeux d’un nouveau genre ont été organisés par Tom Waddell, capitaine de l’équipe américaine de décathlon aux JO de Mexico en 1968. Ils visent à promouvoir la confraternité gaie à travers le sport. Bien sûr, le 9 août, un tribunal saisi par le Comité Olympique américain a refusé que cet événement utilise le qualificatif « olympique ». Qu’importe, le succès reste au rendez-vous. Et 10.000 personnes seront encore présentes à la cérémonie de clôture. Entretemps, des épreuves et des fêtes. Et de beaux souvenirs, comme ce vainqueur de l’épreuve de lutte qui, le 30 août, embrasse spontanément son adversaire malheureux. En 1982, la France ne compte encore qu’un seul participant, Frédéric Baumann, qui ramène une médaille d’or, pour les 100 mètres, et une autre de bronze, pour le poids masculin.

Devant le succès de cette première édition, une deuxième se tient à l’été 1986 (du 9 au 17 août), toujours à San Francisco, quelques jours à peine après que Tom Waddell est mort du sida. Car entretemps, la maladie est devenue le fléau que l’on sait. Mais les nouveaux organisateurs le proclament, « Face au sida, les jeux contribuent à promouvoir notre désir de vivre ». L’événement a pris de l’ampleur. Ce sont désormais près de 3.500 athlètes (2.112 hommes et 1.370 femmes) qui concourent. Plus de 1.000 bénévoles encadrent les épreuves. Le budget dépasse désormais 1 million de dollars, payé pour moitié par les billets, pour moitié par les dons et le mécénat. De son côté, la ville s’est engagée en rénovant à grands frais le Keazar Stadium. Chaque soir, plusieurs bars de San Francisco offrent des fêtes dédiées aux différents pays représentés aux Jeux. La cérémonie de clôture est suivie par pas moins de 30.000 spectateurs, qui se retrouvent au final tous sur la pelouse centrale pour un immense gay tea dance. Cette fois, la délégation française a compté 11 filles et 9 garçons, qui rentrent avec des médailles d’or en lancer de poids et pentathlon, d’argent pour le 200m brasse et de bronze pour le double messieurs en tennis.

A partir de 1990, les Gay Games vont voyager. Désormais, une nouvelle ville accueille chaque nouvelle édition. Le 4 août, la troisième ouverture se tient au stade de BC Lions de Vancouver. 26.000 spectateurs répondent présents. L’organisation n’a pas été simple. Ni le gouvernement fédéral du Canada, ni celui provincial de la Colombie britannique n’ont versé le moindre dollar de subvention. Ils se contentent de mettre la police locale à la disposition des organisateurs. Pourtant, avec un budget de 1,5 million de dollars, ont estime que les Jeux en ramènent plus de 14 millions à l’économie locale ! Les commerçants de la ville (et pas uniquement gais) l’ont d’ailleurs bien compris, qui ont largement sponsorisé cette troisième édition, grâce à la mobilisation des militants locaux, et malgré l’opposition des réactionnaires habituels (le Vancouver Sun dénonce par exemple « l’invasion des sodomites »). 7.500 athlètes s’affrontent désormais (dont une centaine de français, désormais encadrés par le CGPIF, Comité Gai Paris Île-de-France) et l’on compte 28 disciplines. Une fois les épreuves terminées, il faut se battre chaque soir pour trouver une place dans un restaurant ou entrer dans une discothèque. Chaque nuit, le Palais des Nations organise une fête qui réunit jusqu’à 3.000 danseurs. Devant le succès de l’événement, le gouvernement de Colombie britannique tente de reprendre la main et envoie Stuart Smith, ministre de la Justice, faire un discours lors de la cérémonie de clôture, le 12 août !

Ca y est, le principe des Gay Games est définitivement installé. Les participants sont de plus en plus nombreux, les fédérations sportives nationales s’organisent, l’événement se professionnalise. Les jeux vont d’abord rester sur le continent nord-américain (New York en 1994), mais finiront par traverser l’Atlantique, d’Amsterdam en 1998, à Cologne en 2010.  Si la prochaine édition se tiendra à Cleveland en 2014, on espère bien sûr que le projet de Paris 2018 sera retenu, et que notre capitale accueille à son tour les dixièmes Jeux Gais de l’histoire…

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres des mois de juillet-août 2013

Sources : Gai Pied n°44 (Nov 1982), Samouraï n°1 (Nov 1982), Gai Pied Hebdo n°233 (30 août 1986)…