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C’était il y a 30 ans… les années Gai Pied
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Bonus | 03.02.2014 - 07 h 34 | 2 COMMENTAIRES
La Folle Histoire du Centre

Le livret sur l’histoire du Centre Gai & Lesbien de Paris (Centre LGBT Paris ÎdF aujourd’hui) est enfin disponible, auprès du bar du Centre (63, rue Beaubourg – 75003 Paris), pour 2,50€ l’exemplaire.

FolleHistoire

Photo de couverture :
© Tom Craig / Directphoto.org

Ca y est. Le livret sur l’histoire du Centre Gai & Lesbien de Paris (Centre LGBT Paris ÎdF aujourd’hui) est enfin disponible, auprès du bar du Centre (63, rue Beaubourg – 75003 Paris), pour 2,50€ l’exemplaire. Nos 20 ans (le Centre est né en 1993) ont été l’occasion de reconstituer ce passé riche et souvent mouvementé. Depuis avril dernier, ça a été l’occasion pour moi de replonger dans cette aventure dont je ne connaissais que des bribes éparses, de dépouiller une à une toutes nos archives, et surtout de faire la rencontre de celles et ceux qui nous ont précédé, qui ont donné leur temps, leur énergie, leur volonté, pour faire émerger puis durer un Centre fait par et pour les lesbiennes et les gais et leurs amis. Avant de s’ouvrir peu à peu aux bis et aux trans (ça n’a pas toujours été facile, il ne faut pas se voiler la face, mais ma foi, je pense que ça va bien mieux aujourd’hui).

Depuis les premières formes de Centre à Paris (les CHA, l’Escargot, Agora, et surtout la Maison des Homosexualités) jusqu’à juillet 2012, j’ai tenté de faire revivre cette grande aventure, qui colle souvent à l’histoire de la communauté : les ravages du sida, l’enterrement politique de Cleews, les querelles (et je suis soft) inter-associatives, la faillite de la LGP, les soubresauts du PaCS, l’arrivée de la gauche à l’Hôtel de Ville et le projet de Grand Centre. Tout y passe et j’espère n’avoir rien oublié. Je retiens de tout cela les grandes fêtes fondatrices, le soutien unanime de la « communauté », les audaces, et surtout l’investissement total de tous nos prédécesseurs.

Voilà, maintenant, cette histoire est disponible, et l’espère qu’elle éclairera les lecteurs et curieux sur l’histoire des 20 dernières années, sur notre histoire à toutes et à tous. Et je profite de ce blog pour en faire un peu de pub (NB : ni moi, ni les autres contributeurs à ce livret ne touchons rien, et les 2,50€ restent au Centre, afin notamment de compenser les coûts d’impression). Quelques extraits pour essayer de vous donner l’eau à la bouche ?

18 janvier 1993. Une petite cinquantaine de représentants d’associations gaies ou de lutte contre le sida se réunissent à Paris, en Assemblée Générale Constituante. Les Amis de Bonneuil, l’ACGLSF, les Caramels Fous, les Gais Retraités, le MAG, Rando’s IDF, le Gai Moto Club, Act Up-Paris, Arcat Sida, le CRIPS, le groupe David Girard, le SNEG, l’Association des Médecins Gais, David & Jonathan IDF, le FAR, SOS Ecoute Gaie… viennent de créer le Centre Gai et Lesbien, dont les statuts seront déposés à la Préfecture de Police de Paris le 22 mars. Une véritable aventure commence, faite d’espoirs, de volontés, de rêves, de travail, d’engagement, de solidarité, mais parfois aussi de crises, de coups de gueule, de putschs, de faillites. Une aventure qui dure depuis plus de 20 ans, menée tambour battant par et pour les lesbiennes, les gais, les bis, les trans, les queers… Par et pour tous ceux qui veulent, à un moment ou un autre de leur vie, s’engager dans des combats quotidiens au service d’une communauté diverse et perpétuellement en mouvement…

[…]

La nouvelle équipe parvient tout d’abord à décrocher une nouvelle source de revenus, via une subvention de 400.000F attribuée par Ensemble Contre le Sida, dont le premier Sidaction, réunissant toutes les chaînes de télévision autour d’un même programme le 7 avril 1994, est un grand succès. Dès lors, il est possible de passer à la vitesse supérieure et d’ouvrir enfin le Centre attendu depuis si longtemps. Le 1er avril 1994, le CGL ouvre ses portes au 3, rue Keller, dans un local de 125 m², en rez-de-chaussée, avec une grande vitrine ouverte sur la rue (juste en face d’une école primaire). Philippe Labbey a contracté un bail précaire pour ce qui était auparavant une galerie d’art. Pierre Bergé, patron de la maison de couture Yves Saint-Laurent, accepte de se porter caution pour ces nouveaux locaux. C’est un engagement général qui accompagne cette ouverture. Les commerces (et pas uniquement ceux de la rue Keller) n’hésitent pas à apporter leur soutien, à subventionner des équipements. La gestion du lieu commence à une dizaine de volontaires, dans l’improvisation totale, mais dans une folle ambiance…

Le CGL a donc enfin les moyens de recevoir du public. L’accueil devient la clé de voûte de l’association, qui ouvre désormais ses portes chaque jour de 14h à 20h. Très vite, on inaugure aussi une cafétéria, une bibliothèque, un coin pour les expositions. Un premier salarié, Fabrice Laurens, est chargé d’assurer la coordination des volontaires et l’ouverture quotidienne des locaux. Un bureau permet d’assurer des permanences téléphoniques (pour l’Association des Médecins Gais ou pour SOS Homophobie). Le soir, les associations peuvent investir la salle de réunion ou la salle d’accueil. Elles mettent aussi en place des permanences hebdomadaires pour recevoir leurs propres publics. L’espace permet d’organiser des rencontres et des soirées. La Gay Pride de 1994 voit ainsi la tenue au CGL de pas moins de 13 débats.

[…]

Les débuts du Centre s’avèrent donc fortement liés à la problématique du VIH. Un événement majeur marquera d’ailleurs notre histoire. En septembre, Cleews Vellay, hospitalisé à l’hôpital Bichat, rend son mandat de président d’Act Up-Paris. Se sachant condamné, il demande que sa mort prochaine donne lieu à une vraie cérémonie au CGL, où il veut que son corps soit exposé. Quand il décède le 18 octobre, à l’âge de 30 ans, Pierre Bergé et Line Renaud interviennent auprès des autorités nationales et municipales afin que ses dernières volontés soient respectées. Le corps de Cleews peut donc être présenté au Centre et ses obsèques, le 26 octobre, voient un cortège funèbre de plus de 500 personnes aller de la rue Keller jusqu’au cimetière du Père-Lachaise ! Un « enterrement politique » dans la droite ligne d’Act Up, qui allait intégrer le Centre dans cette histoire forte et dramatique…

[…]

Le CGL première époque atteint en quelque sorte un point culminant au printemps 1997, en marge des Eurogames et de l’Europride, organisés à Paris. A cette occasion, il s’associe au Kiosque Info Sida pour proposer un grand centre d’accueil, en plein Marais, rue du Bourg-Tibourg, l’Eurocentre. Durant trois semaines, du 7 au 29 juin, 4 salariés (3 mi-temps pour le Centre, 1 plein-temps pour le Kiosque) ainsi qu’un grand nombre de bénévoles venus de toutes les associations, dont le MAG et le CGPIF (ancêtre de la Fédération Sportive Gaie et Lesbienne) se relaient pour accueillir 16.500 personnes (souvent non habituées au milieu associatif), distribuer 30 millions de préservatifs, proposer les prospectus de la plupart des associations, conseiller sur les lieux de sortie, porter des messages d’information sur le VIH et la toxicomanie… Des volontaires de Aides viennent aussi recevoir du public pour des entretiens personnels à la demande. Un grand conclave est organisé entre les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence de différents couvents français, australiens, américains, allemands… Une ligne d’écoute est aussi assurée, l’EuroHealthLine, pour répondre à toutes les questions. Sans compter bien sûr des expositions et des débats. Et durant la marche, le Centre défilera sur un grand char recréant une piscine remplie de boules de polystyrène.

[…]

Le principal changement qui affecte le Centre en 2001 est l’élection d’une nouvelle majorité municipale à Paris. La capitale investit Bertrand Delanoé et la gauche à la tête de l’Hôtel de Ville. Dès l’été, la nouvelle majorité, dans le cadre de son budget rectificatif, accorde une subvention de 200.000F au Centre, confirmée ensuite par une convention signée le 22 octobre. Un grand bol d’air frais, alors que la DDASS a réduit sa propre participation à 500.000F (contre 900.000F l’année précédente). Ce sera LE grand tournant dans le mode de financement du Centre. Si celui-ci a débuté par des subventions exclusivement consacrées à la lutte contre le sida, il a évolué peu à peu vers des problématiques sociales. C’est à compter de 2001-2002 que les collectivités locales vont peu à peu devenir au fil du tempsles principaux financeurs… Surtout, la Mairie donne son accord pour un projet de Grand Centre, espéré depuis des années.

[…]

L’autre grande affaire concerne donc le nouvel local, tant espéré depuis… 1995. Le déménagement est d’abord repoussé à la fin 2006, les travaux de remise en état du bâtiment s’avérant plus lourds que prévus. Peu à peu, on s’oriente même vers le 3ème trimestre 2007. Or, durant l’été 2006, un important dégât des eaux au 3 rue Keller dégrade encore des locaux de plus en plus vétustes. Dans l’urgence, on envisage d’abord un déménagement temporaire et intermédiaire pour finalement renoncer. Des poutres porteuses ayant littéralement pourri, un échafaudage de soutènement est installé, réduisant l’espace au détriment des expositions, mais préservant la sécurité des volontaires, des associations et des visiteurs. Dans ce contexte de plus en plus « glauque », la fréquentation commence à diminuer.

Heureusement, le projet de déménagement finit par aboutir, même s’il ne fait pas l’unanimité en interne ; Christine Le Doaré est d’abord contrainte de batailler pour convaincre un certain nombre de volontaires de s’y engager à fond. Une grande fête de soutien est organisée le 13 janvier aux Folies Pigalle, et les nouveaux locaux peuvent finalement ouvrir leurs portes au public le 19 février 2008. Un nouveau logo est adopté pour l’occasion. L’inauguration officielle, en présence du maire de Paris, Bertrand Delanoé, et de son adjoint à la culture, Christophe Girard, a lieu le 26 février. On y voit également Denis Baupin (adjoint aux transports), Patrick Bloche (député de Paris), Pierre Aidenbaum (maire du 3ème arrondissement) et Dominique Bertinotti (maire du 4ème arrondissement), qui tiennent tous à réaffirmer que le Centre peut compter sur l’appui de la municipalité.

 

Publié par
Toulousain d'origine, parisien depuis... un peu plus de 18 ans. Volontaire et aujourd'hui trésorier du Centre LGBT Paris Île-de-France, je vous invite tous à venir nous retrouver, pour une question, un conseil, un entretien, un débat, une projection, une visite de la bibliothèque...
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LES réactions (2)
La Folle Histoire du Centre
  • Par FroguetteMiNote 16 Sep 2014 - 14 H 05

    Un oubli de taille, culturel et artistique : aucune mention des superbes toilettes décorées par Pierre & Gilles rue Keller (et détruites lors des travaux d’agrandissement – bouh).

     
  • Par helene 04 Fév 2014 - 17 H 34

    Hagiographie! on a oublié ce qui fâche: par exemple la nature dictatoriale de la direction de Christine le Doaré, qui vire l’association de séropositifs « lunettes rouges » ,j comme elle jette dehors les plus précaire (« ici c’est pas un squatt ») , et qui impose ses opinions abolitionistes à la communication du centre. Pas question de savoir comment les homos, les bis, les trans vivent la prostitution: seul prévaut l’opinion de Christine le Doaré, les opinions abolitionnistes de l’association catholique le Nid (dont la pluspart des permanences ,sont dans des églises catholiques où des salles paroissiales). Madame le Doaré est aujourd’hui délégué régionale pour le
    Nid. Elle a parfaitement le droit d’être abolitionniste mais avait-elle droit d’imposer son opinion à tout le centre?Qu’en sera-t-il de la diversité des opinions au centre Lgbt.

     
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