Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

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Ils ne le savent pas encore, mais ils ont entre les mains un numéro historique. En ce mois de févier 1979, 20.000 chanceux lisent le numéro 0 d’un nouveau journal lancé par Jean Le Bitoux et Gérard Vappereau, un mensuel adressé aux homosexuels qui leur parlera d’actualité, de politique, de culture… Le début d’une aventure qui durera près de 14 ans et 541 numéros. Le Gai Pied est né.

Ce numéro test, gratuit, est un tel succès qu’un second tirage de 5.000 exemplaires supplémentaires est lancé. Une centaine d’abonnements sont souscrits dans la foulée. Et dès le numéro 1, en avril, les lecteurs sont au rendez-vous. Le journal veut embrasser l’intégralité de l’actualité. Celle  des mouvements gais et lesbiens, bien sûr, mais aussi les événements de la vie de tous les jours. L’édito du numéro 1 explique l’objectif du projet : « Notre propos : restituer aux gais, les homosexuels d’aujourd’hui, un lieu pour s’exprimer, un lieu pour discuter. Etre aussi un lieu alternatif à tout ce que les médias racontent sur l’homosexualité bien trop souvent pour justifier et prêter main forte à des campagnes de moralisation d’un autre âge. Mais si nous privilégions l’information internationale, pratiquement introuvable dans le reste de la presse, ou si nous offrons aussi un espace pour la création homosexuelle écrite et graphique, nous ne voulons pas parler que d’homosexualité : on nous y a réduits trop souvent et depuis trop longtemps. »

Monté à l’origine par des bénévoles, le Gai Pied est imprimé sur du papier journal, grâce au concours de la Ligue Communiste Révolutionnaire qui lui prête son imprimerie. Il adopte immédiatement une ligne politique de défense des droits des homosexuels. Grande nouveauté, qui assoira son succès, il est distribué par les NMPP et ainsi diffusé dans les kiosques partout en France. Ceci permet d’en faire un mensuel proche de ses lecteurs, s’intéressant à l’actualité nationale. Afin de resserrer les liens avec le public (et de récolter des fonds), Gérard Vappereau a l’idée d’organiser une grande fête de lancement, au Bataclan, le 30 avril. Pas moins de 2.500 homos viennent assister à cet événement fondateur…

Si l’engouement est manifeste, la survie économique reste précaire. Dès le mois de novembre, le journal est contraint de faire un appel public à soutien. L’équilibre financier est finalement trouvé grâce à la diffusion de petites annonces, qui connaissent un succès énorme, permettant aux gais de faire des rencontres à travers tout le pays.

Dès le début, de grands noms (Foucault, Hocquenghem, Sartre, Duras…) proposent des articles de fond et des analyses. Si la ligne éditoriale est très militante dans les premiers numéros, elle laisse la place aussi à des sujets plus légers. Le Gai Pied s’engage à ses débuts pour l’abrogation des articles relatifs à l’homosexualité qui demeurent dans le Code Pénal, et pour l’égalité des droits. Au tournant des années 80, il prend le parti de François Mitterrand

Peu à peu il lui faudra néanmoins faire évoluer sa formule, pour mieux coller aux attentes des lecteurs. A partir de décembre 1982, il adoptera un format magazine et un rythme mensuel, qu’il gardera pendant presque 10 ans. Les pages s’ouvriront aussi à des photos de nus en page centrale, mais le journal conservera toujours une ligne éditoriale variée, sérieuse, fouillée, qui fera plusieurs fois référence dans la presse française, jusqu’en octobre 1992. S’il a disparu depuis plus de 20 ans, il reste dans les mémoires comme une aventure humaine et militante majeure des années 80 et a permis à des milliers d’homosexuels de s’informer et de réseauter bien avant l’apparition d’internet et des nouveaux médias…

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de février 2014

Sources : Gai Pied n° 0 (Février 1979), n°1 (Avril 1979)

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