Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

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4 mars 1992. Aides, le Crips, Aparts et d’autres associations se sont réunies dans les locaux de Médecins du Monde, pour faire une conférence de presse unitaire, et annoncer leur opposition à un dépistage systématique et obligatoire du sida. Ils dénoncent là une mesure liberticide « qui s’oppose à tous les efforts de prévention qui ont été développées dans les dernières années », qui conduirait à la coercition et la répression, alors que « la prévention doit passer par l’implication de l’individu ou une pédagogie responsabilisatrice.  »

Le débat enfle en effet depuis plusieurs mois, depuis que la députée RPR (et future ministre de la Santé)  Elisabeth Hubert a déposé fin 1991 un amendement à l’Assemblée Nationale, appelant à un test obligatoire lors des examens prénuptiaux et prénataux. Amendement repris par la commission des affaires sociales, culturelles et familiales qui lui a emboîté le pas ; le rapporteur PS Jean-Claude Boulard explique ainsi : « Quand on ne sait pas traiter, on fait du dépistage et l’on prend des précautions – après tout, il n’y a pas une liberté de contaminer ! ».

Au gouvernement, Jean-Louis Bianco, ministre des Affaires sociales, a annoncé dans la foulée la tenue d’un grand débat national. Mais il n’invite que les instances officielles (CNS, Ordre des médecins, AFLS…), excluant les associations de lutte contre le sida de toute consultation. Act Up-Paris réagit le plus violemment, quand une vingtaine de ses militants s’introduisent le 24 janvier 1992 au ministère de la Santé, et s’enchaînent dans le hall jusqu’à ce que, 3 heures plus tard, le ministre Bruno Durieux finisse par les recevoir, avant de se déclarer personnellement opposé à des mesures de dépistage obligatoire.

Début mars, pourtant, le Conseil National de l’Ordre des Médecins relance la polémique en émettant un avis favorable à la mesure, au nom d’une « pédagogie efficace pour la personne séropositive et séronégative ». Avis contredit quelques jours plus tard par le Haut Conseil de la santé publique, qui préfère de son côté un accès plus facile au dépistage volontaire. C’est dans ce contexte qu’intervient donc la conférence de presse inter-associative du 4 mars. Et le 19 mars, la Ligue des Droits de l’Homme émet à son tour un communiqué condamnant le dépistage systématique, suivie par Médecins Sans Frontières et le Comité national d’éthique.

Finalement, une réunion interministérielle se réunit début avril sur le sujet. Elle finit par renoncer officiellement au caractère obligatoire du dépistage, malgré les hésitations d’Edith Cresson, alors Première ministre. Le débat accouche néanmoins sur l’annonce de toute une série de mesures incitatives : les tests prescrits seront dorénavant remboursés à 100% par la Sécurité sociale ; le nombre de Centres de Dépistage Anonyme et Gratuit sera doublé ; les dispensaires antivénériens et les centres de planning familial seront désormais habilités à mener eux aussi des tests gratuits ; et l’Etat enfin injectera 60 MF supplémentaires dans les actions de prévention et de lutte contre le sida, dont le budget passera ainsi de 140 MF en 1991 à 200 MF en 1992. Les violents débats du début d’année auront au moins amené le gouvernement à réagir de manière notable dans le combat contre le VIH…

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de mars 2014

Sources : Gai Pied Hebdo n° 499 (19 décembre 1991), n°511 (13 mars 1992), n°515 (9 avril 1992)…

Le mois prochain : Avril 1992, Alerte sur le 3615.