5107 Novembre 1990 : Allo maman, bobo | C’était il y a 30 ans… les années Gai Pied

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Evénements | 11.11.2014 - 07 h 32 | 2 COMMENTAIRES
Novembre 1990 : Allo maman, bobo

SISLe 13 novembre 1990 est lancée la Sis (Sida Info Service), ligne d’écoute nationale, anonyme et gratuite, ouverte 24h/24. Il s’agit d’assurer écoute et information sur le sida. Cette nouvelle association loi 1901 est créée via un partenariat entre l’AFLS (Agence Française de Lutte contre le Sida) et la fédération AIDES. Ecoutons Amédée Thévenet, son président, décrire les missions de la Sis : « Notre rôle est de proposer 24h sur 24 une réponse d’une technicité et d’une rigueur parfaites, sans poser de jugement moral ».

Le service, dirigé par Pierre Kneip,  est assuré en alternance entre des pôles régionaux (Bordeaux, Grenoble, Lille, Marseille, Rennes et Strasbourg) et une équipe basée à Paris. Les répondants sont pour la plupart des salariés ; l’association a embauché 60 personnes, dont une quinzaine à temps plein. Tous bénéficient d’une formation initiale d’un mois, suivie d’une véritable formation permanente, afin d’assurer une mise à jour régulière des connaissances sur la maladie et sur le réseau des intervenants locaux, professionnels ou associatifs. Les volontaires de AIDES assurent de leur côté la permanence tous les soirs de 19h à 23h. Sis a en effet intégré le système des permanences téléphoniques de Aides, qui n’avait jusque là bénéficié d’aucun intérêt des pouvoirs publics. Daniel Defert dénonce d’ailleurs une « réappropriation politicienne d’une création associative ».

La ligne d’écoute bénéficie en effet d’un financement public par l’AFLS et d’une communication importante. Et le succès est au rendez-vous. Alors que les responsables tablaient sur 100.000 appels la première année, on en compte plus de 20.000 le premier mois, 114.000 au bout de 4 mois ; 300.000 environ après 1 an. Le service touche toute la population. 60% des appels proviennent de province. Plus de la moitié d’hétérosexuels. 40% environ de femmes. Si les 30-40 ans sont les plus représentés, 1 appel sur 5 est passé par des adolescents qui profitent de l’anonymat du téléphone pour poser des questions générales sur la sexualité, ce qu’ils n’osent pas forcément faire au quotidien.

Si les questions les plus fréquentes portent sur la prévention et sur les pratiques sexuelles (et notamment sur les risques à pratiquer la fellation), la Sis répond à des besoins très variés. Ainsi de demandes de soutien psychologique, notamment par les appelants qui viennent d’apprendre leur séropositivité. Les appels de personnes en attente d’un résultat de test sont souvent les plus longs et les plus angoissés. On relève une vraie phobie de la maladie, des problèmes de solitude ou d’auto-exclusion des malades… Les appels peuvent aussi traduire des problèmes juridiques, de protection sociale, ou d’hébergement d’urgence à la sortie de l’hôpital. L’entourage des personnes atteintes se tourne aussi vers la Sis pour poser toutes sortes de questions. Les idées fausses demeurent  fréquentes : on continue de demander s’il y a des risques à s’asseoir dans des WC publics, à manger un plat préparé par un homosexuel…

Peu à peu, Sida Info Service devient donc aussi un nouvel observatoire de la situation épidémiologique et du ressenti par la population. Elle collecte de nombreuses informations sur les dysfonctionnements liés à la prise en charge de la maladie, qu’elle remonte ensuite aux autorités compétentes. Des appels de malades montrent par exemple qu’il existe encore de vraies difficultés relationnelles entre soignants et soignés.

Victime de son succès, la ligne d’écoute s’inquiète très vite de ses capacités à suivre la demande. Lorsque la télévision diffuse des émissions importantes consacrées au sida ou à la prévention, le standard est saturé pendant plusieurs jours. A certaines heures, la ligne est constamment occupée, et on estime que les appels traités ne répondraient qu’à environ un tiers des sollicitations. Malgré un budget annuel de plus de 16 millions de francs, l’association manque de moyens dès ses premiers mois d’existence. Mais, même confrontés souvent à des situations lourdes, les appelants continuent de répondre sans interruption, d’informer, d’écouter, et de mettre en relation les appelants, les associations, les professionnels de santé et les services administratifs.

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de novembre 2014. Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Sources : Gai Pied Hebdo n° 449 (20 décembre 1990), n°464 (4 avril 1991), n°513 (26 mars 1992)…

Le mois prochain : Décembre 1991, Hervé tire sa révérence.

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Toulousain d'origine, parisien depuis... un peu plus de 18 ans. Volontaire et aujourd'hui trésorier du Centre LGBT Paris Île-de-France, je vous invite tous à venir nous retrouver, pour une question, un conseil, un entretien, un débat, une projection, une visite de la bibliothèque...
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LES réactions (2)
Novembre 1990 : Allo maman, bobo
  • Par Brune La Brune 13 Nov 2014 - 19 H 56

    Merci pour cette rétrospective blog !

    Je me permets d’ajouter pour précision que Pierre Kneip est le fondateur de Sida Info Service et à animé la rubrique « les années sida » dans Gai pied.

    Daniel Defert a fondé l’association AIDES (1984) qu’il créa après le décès de son ami et conjoint, le feu philosophe et illustre Michel Foucault.

    (Sources Wikipédia.fr)

     
  • Par Tom75 11 Nov 2014 - 7 H 35

    A quelques jours du 1er décembre, un petit retour sur les débuts d’une de nos associations de lutte contre le sida.

     
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