5107 Décembre 1991, Hervé tire sa révérence | C’était il y a 30 ans… les années Gai Pied

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Evénements | 15.12.2014 - 05 h 41 | 1 COMMENTAIRES
Décembre 1991, Hervé tire sa révérence

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L’année 1991 se termine sur une mauvaise nouvelle. Le 27 décembre, l’écrivain Hervé Guibert disparaît, après des mois de souffrance et une ultime tentative de suicide. Il vient de fêter ses 36 ans. De sa maladie, de son sida qu’il ose nommer quand tant d’autres le taisent encore, on sait tout depuis qu’il l’a mis en scène dans ses derniers romans. Des ouvrages qui lui ont apporté une vraie notoriété, alors que son public était plus réduit durant la première partie de sa carrière. L’écrivain l’affirmait lui-même : « C’est incroyable de passer de 5.000 à 130.000 lecteurs. » Une notoriété qui va le suivre après sa disparition, alors que naît une nouvelle polémique sur son nom…

Dans les derniers mois de sa vie, l’artiste s’est en effet filmé au quotidien ; les visites chez le médecin, les médicaments, le délabrement du corps, la vieillesse prématurée, la fatigue, la mort qui s’annonce, l’isolement… Guibert ne cache rien et fait de sa maladie une œuvre d’art en même temps qu’un témoignage politique. La pudeur ou l’impudeur (c’est le titre) doit interpeller les spectateurs. C’est pourtant bien ce film que TF1 annonce qu’il diffusera, le 19 janvier, après minuit !

Las. Les réactions se font tout de suite entendre. Solidarité Plus, association de séropositifs, envoie un courrier au Conseil National du Sida, à l’Agence Française de Lutte contre le Sida, à l’Agence Nationale de Recherche sur le Sida, au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel,  et aux médias, pour protester contre la diffusion d’un film qui ne serait qu’une « véritable incitation au suicide ». Le 17 janvier, le CNS précise qu’il a demandé à visionner l’œuvre, craignant qu’elle ne « désespère complètement les personnes séropositives et atteintes du sida ». Craignant la polémique, Etienne Mougeotte, vice-président de la chaîne, annonce le report sine die du programme. Ceci alors qu’en Suisse, le documentaire a été diffusé, sans aucun problème, trois mois plus tôt, et a été qualifié de « sobre et beau » par les professionnels du cinéma.

Les délégués du CNS assistent finalement à une projection privée le 21 janvier. Ils finissent par autoriser sa diffusion, sans imposer ni un avertissement, ni un débat préalable, comme envisagé précédemment. Malgré les nouvelles protestations de Solidarité Plus et de son président, Gilles-Olivier Silvagni, TF1 organise une dernière concertation avec le CNS, et met finalement le film sur son antenne, le jeudi 30 janvier. Au-delà des grands discours et témoignages dont il a l’habitude depuis quelques années, le grand public est ainsi confronté de manière crue et directe à la réalité d’une maladie qui fait encore des ravages.

Si Jean-Paul Aron a été le premier visage du sida en France, en septembre 1985, Guibert sera désormais l’incarnation du corps malade. Les images de son film sont impudiques et violentes. Comme dans ses livres, il veut tout montrer et tout dire, au risque de déranger ; mais c’est aussi un dernier cri d’amour à la vie, et un dernier appel à l’amour. Tous les ingrédients des romans y sont : les tantes ; l’hôpital ; Elbe ; le fameux chapeau rouge ; les traitements ; le corps. Jusqu’à cette Digitaline qu’il met en scène dans un faux suicide ! Qu’il nous soit permis aujourd’hui de retenir la fin du film, les images de l’enfance, heureuse et innocente, un beau petit garçon blond souriant et inconscient de ce qui l’attend…

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de décembre 2014. Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Sources : Gai Pied Hebdo n° 502 (9 janvier 1992), n°504 (23 janvier 1992), n°505 (30 janvier 1992)…

Le mois prochain : Janvier 1991, Saunas, attention danger

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Toulousain d'origine, parisien depuis... un peu plus de 18 ans. Volontaire et aujourd'hui trésorier du Centre LGBT Paris Île-de-France, je vous invite tous à venir nous retrouver, pour une question, un conseil, un entretien, un débat, une projection, une visite de la bibliothèque...
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