5107 Avril 1994, Bienvenue chez Vous | C’était il y a 30 ans… les années Gai Pied

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Bonus | 20.04.2015 - 04 h 46 | 1 COMMENTAIRES
Avril 1994, Bienvenue chez Vous
Entrée du CGL au 3, rue Keller

Entrée du CGL au 3, rue Keller

Le 1er avril 1994, les homos parisiens, filles comme garçon, vivent un événement important qui va fédérer et structurer la vie communautaire dans la capitale. Le Centre Gai et Lesbien (CGL) ouvre enfin véritablement ses portes au grand public, dans un grand local de 145 m², en rez-de-chaussée et ouvert sur la rue, au 3 rue Keller, entre la rue de la Roquette et l’avenue Ledru Rollin, dans le 11ème arrondissement.

Jusqu’à présent, l’association, née un an plus tôt pour prendre la suite de la Maison des Homosexualités, était confinée dans un petit appartement de la rue Michel Le Comte, local certes « historique » (il avait déjà abrité les premiers pas de l’association AIDES dix ans plus tôt), mais par vraiment conçu pour accueillir le public. Le nouveau bureau élu en février 1994, présidé par Philippe Labbey, s’était fixé comme priorité d’offrir enfin un vaste espace communautaire, comme on pouvait déjà en trouver à New York, Amsterdam, Londres ou Berlin…

Les nouveaux locaux trouvés (une ancienne galerie d’art) et loués (Pierre Bergé se portera caution personnelle auprès du bailleur), la petite équipe de bénévoles (appelés « volontaires ») se met à l’action, avec les moyens du bord, pour ouvrir le lieu au plus vite. Il s’agit de pouvoir recevoir les homos des deux sexes, « de tous âges, toutes sensibilités, toutes tendances politiques et confessionnelles ». Les permanences d’accueil physique sont doublées d’écoutes téléphoniques et de correspondances postales, afin de répondre à des gais ou des lesbiennes demandant des conseils depuis partout en France, et souvent même à l’étranger. Des ouvrages et documents relatifs à l’histoire et la culture homosexuelle sont aussi mis à disposition des usagers, ainsi que toutes informations sur les activités communautaires et associatives. Tout cela autour d’une cafeteria et d’un vaste espace pour les expositions, permettant de mettre l’accent sur la convivialité et l’envie de se retrouver.

Le Centre n’oublie pas non plus sa vocation de maison des associations, en proposant une adresse postale et des espaces de réunion pour ses 57 associations et entreprises membres, parmi lesquelles le MAG, Equivox, le GAGE, Ecoute Gaie, Aides, Act Up-Paris, l’AMG, Gay News, le Piano Zinc, les Caramels Fous, Rando’s IdF, le CGPIF, le GMC, Arcat Sida, le CRIPS, IDM, David & Jonathan, le SNEG…). A ses débuts, il faut le rappeler, le CGL est d’ailleurs dirigé par les associations et les commerçants qui, seuls, ont le droit de vote lors des Assemblées Générales annuelles.

Surtout, l’ouverture des nouveaux locaux permet de développer des actions en direction des séropositifs et malades du sida. Des groupes de parole sont mis en place, autour de la séropositivité, de la séronégativité et du deuil. Tous les dimanches, le Café positif accueille les populations victimes du VIH et leurs proches. Du matériel de prévention et d’information est accessible. Surtout, par son existence même, le Centre affirme que la socialisation de l’homosexualité permet de lutter contre l’homophobie et la marginalisation et procède donc de la lutte contre l’épidémie. En 1994, il ne faut pas l’oublier, les trithérapies ne sont pas encore apparues, et le sida reste LA question essentielle de la vie homo. Les décès ne se comptent plus et chaque semaine on accompagne les disparus au cimetière du Père Lachaise (ou d’ailleurs).

Très vite, le Centre va s’imposer comme l’un des premiers acteurs de la communauté. Au-delà des militants homosexuels ou de la lutte contre le sida, il va fédérer les homosexuel-le-s lambda auxquel-le-s il proposera toujours plus de services. Très vite vont naître le VDF (d’abord « Vendredi Des Filles », puis des « Femmes ») puis la Fête de la Saint-Sébastien. Des débats et soirées diverses seront organisés tout au long de l’année, à commencer bien sûr par la période de la Gay Pride fin juin [à cette époque c’était encore le nom officiel de ce qui deviendra la Marche des Fiertés LGBT]. Un journal sera créé quasiment dès l’ouverture, le 3 Keller.

Avec le CGL de la rue Keller, les gais et les lesbiennes disposent enfin d’un endroit à eux, où se rencontrer, échanger, trouver des réponses à mille questions, se poser. Un endroit ouvert (le lieu dispose d’une grande vitrine, face à une école primaire), accessible tous les jours, animé par des volontaires impliqués qui ne compteront pas leurs heures. Un endroit toujours là aujourd’hui (attention, l’adresse a changé !), toujours animé par la même ambition, fort de plus de 20 ans de luttes, actions diverses, rencontres et expériences au service des populations lesbiennes, gaies, bi et trans.

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois d’avril 2015. Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

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Toulousain d'origine, parisien depuis... un peu plus de 18 ans. Volontaire et aujourd'hui trésorier du Centre LGBT Paris Île-de-France, je vous invite tous à venir nous retrouver, pour une question, un conseil, un entretien, un débat, une projection, une visite de la bibliothèque...
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LES réactions (1)
Avril 1994, Bienvenue chez Vous
  • Par Tom75 20 Avr 2015 - 4 H 50

    Bon, un article un peu en marge aujourd’hui. Le Gai Pied n’était en effet plus là en avril 1994 pour raconter l’ouverture du 3 rue Keller. Mais bon, cet épisode fait quand même partie de notre histoire commune…

     
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