André Baudry

André Baudry

Le 15 mai 1982, c’est par une simple lettre qu’André Baudry annonce la fin d’une aventure de 28 ans. Il y explique en effet « qu’à moins d’un miracle, le 30 juin 1982, le 61 rue du Château-d’Eau fermera ses portes », victime de « ce monde de permissivité, de frivolité, de grossièreté – et le peuple homophile bat des records en ce triste domaine. ». Cette fois, il jette donc l’éponge, toujours en fustigeant ce monde qu’il a de plus en plus de mal à comprendre. Il ferme le club qui permet encore chaque semaine à des gais et lesbiennes de se retrouver, échanger, danser…

Le club était né en 1957, trois ans après la création de la revue Arcadie. La société CLESPALA (Club Littéraire et Scientifique des Pays latins) avait pour objet la gestion d’un « club privé visant à permettre à tous nos amis de se connaître dans une ambiance de sécurité, d’amitié, pour le grand bien de tous » et désignait André Baudry, par ailleurs actionnaire majoritaire de la SARL, comme « le seul responsable sur le plan moral ». D’abord installée dans un appartement de 4 pièces derrière la place de la République à Paris, au 19 rue Béranger, elle avait déménagé en septembre 1969 dans un ancien théâtre de quartier près de la mairie du Xème arrondissement. Tous les dimanches, ses bals avaient longtemps été un grand rendez-vous des homos ; ses membres étaient tenus de s’abonner à la revue Arcadie, et devaient surtout bien se tenir, sans quoi ils subissaient rapidement les foudres du taulier…

Mais, loin des excès du FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire), le club d’Arcadie s’éloigne de plus en plus des aspirations de la communauté homosexuelle tout au long des années 70. A la moindre occasion, Baudry persiste à critiquer les « homosexuels tapageurs, excentriques, frivoles, superficiels et légers » qui à son sens font le plus grand mal à la majorité des homophiles, qui n’aspireraient en réalité qu’à rester cachés, seule solution pour être acceptés. Peu à peu, les jeunes générations s’éloignent de ce modèle pour épouser les codes des homosexuels américains, dont Baudry avoue qu’ils lui font « horreur à vomir ».

Le tournant des années 80 devient le chant du cygne pour Arcadie. En mai 1979, le Congrès de ses 25 ans, qui se tient au Palais des Congrès de la porte Maillot, réunit plus de 900 participants autour de nombreuses personnalités. Mais le déclin est irréversible. Les homos ont besoin de liberté et de visibilité. Ils s’éloignent du club de la rue du Château-d’Eau pour profiter du Marais naissant, pour fêter l’élection de Mitterrand à l’Elysée et jouir de leurs nouveaux droits. Aussi André Baudry finit-il par mettre un terme à l’aventure. Evoquant une forte hausse du loyer, il ne renouvelle pas le bail de l’établissement, qui expire le 30 juin 1982. Dans la foulée, il décide le 15 juin de cesser de faire paraître la revue. Arcadie est bien morte.

Alors que le local est vite transformé en magasin de vêtements, des anciens collaborateurs de l’ancien séminariste tentent de reprendre le flambeau et créent l’association Présence, qui ne décollera jamais vraiment. Baudry, lui, se retire. Il vit toujours en Italie. Longtemps décrié et raillé par la communauté, il devra attendre 2009 pour que Julian Jackson réhabilite son œuvre, dans son « Arcadie », parue aux éditions Autrement

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de mai 2015. Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS