5107 Juin 1983, Le Prince de la Nuit quitte la scène | C’était il y a 30 ans… les années Gai Pied

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Evénements | 15.07.2015 - 04 h 54 | 2 COMMENTAIRES
Juin 1983, Le Prince de la Nuit quitte la scène

Il était depuis près de 20 ans, le Prince de la Nuit ; le 11 juin 1983, Fabrice Emaer s’éteint d’un cancer du rein, après des semaines de souffrance…

Originaire du Nord, Fabrice Emaer a ouvert son premier établissement en 1964. Le Pimm’s est alors l’un des premiers lieux réservés aux hommes, rue Sainte-Anne, ghetto gai des années 60 et 70 ; le bar diffuse alors de la musique américaine et demande de montrer patte blanche pour pouvoir y pénétrer… En 1968, Emaer ouvret un second lieu, le Sept, toujours dans la même rue. Restaurant haut-de-gamme et réservé à une clientèle aisée, il devient un lieu de rendez-vous de la jet-set internationale, qui peut ensuite rejoindre la piste de danse installée au sous-sol, éclairée par de modernes néons.

Mais l’heure de gloire vient surtout à la fin des années 70 avec l’ouverture du Palace, le 1er mars 1978. Sur les conseils de Michel Guy, ancien secrétaire d’Etat à la Culture de Giscard, Fabrice Emaer a racheté un ancien théâtre désaffecté de music-hall, rue de Faubourg-Montmartre, qu’il a fait rénover à grands frais. Il y crée un vrai club sur la modèle américain. La clientèle y est mixte : des hommes et des femmes, de milieux différents. Ce qui compte, c’est l’originalité, la personnalité, l’envie de s’amuser. Les gays savent en tous cas qu’ils y seront les bienvenus. A la porte, Jenny Bel’Air et Paquita Paquin veillent et opèrent une sévère sélection. A l’intérieur, les lasers et la musique speedée des DJ créent une ambiance inédite. Le disco y vit ses années fastes. Grace Jones, égérie des gays américains, donne ses premiers concerts parisiens et revient régulièrement animer les soirées. Et Alain Pacadis se fait le Saint-Simon de ces folles nuits dans les colonnes du Palace Magazine

Si tous les publics sont admis au Palace, Emaer reste un ami des élites. Les fêtes sont fastueuses, les couturiers rivalisent d’imagination pour créer les soirées les plus folles. Chaque année, ce qu’on n’appelait pas encore Fashion Week se termine par une apothéose nocturne au Palace. En 1980, Emaer inaugure le Privilège, club VIP situé au-dessous du théâtre. Les choses se gâtent un peu quand, en avril 1981, il appelle à voter Mitterrand lors de l’élection présidentielle qui approche ; quelques peoples renvoient alors leur carte d’accès. Ils reviendront peu à peu une fois la gauche installée au pouvoir…

En novembre 1980, à l’occasion de la fête d’Halloween, le Palace instaure une formule de mercredi gay ; désormais, la boîte est réservée aux garçons un soir par semaine. Très vite, le succès pousse à doubler la mise : chaque dimanche après-midi, le public homo peut se retrouver lors du gay tea dance

Le parcours de Fabrice Emaer est emblématique de l’évolution de la visibilité gaie. Rue Sainte-Anne, les homos friqués et installés pouvaient s’amuser librement, à condition que ça reste au sein d’un ghetto fermé, dans lesquels on laissait de temps en temps entrer quelques jeunes pour animer la soirée. Avec le Palace, les gais sortent de ce ghetto. Tout le monde communie dans la fête. Les gays s’affichent au milieu des autres, la jet-set vient s’amuser au milieu d’une communauté qui sort du carcan passé et aspire à jouir des nouvelles libertés offertes. Las, cette folie n’aura qu’un temps. En 1983, Fabrice Emaer disparaît. Le disco va peu à peu baisser le volume, les gais vont devoir gérer comme ils le pourront l’épidémie de sida. La fête est finie. Le Palace certes restera ouvert jusqu’en 1996, mais l’ambiance aura bien changé …

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de juin 2015. Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

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Toulousain d'origine, parisien depuis... un peu plus de 18 ans. Volontaire et aujourd'hui trésorier du Centre LGBT Paris Île-de-France, je vous invite tous à venir nous retrouver, pour une question, un conseil, un entretien, un débat, une projection, une visite de la bibliothèque...
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LES réactions (2)
Juin 1983, Le Prince de la Nuit quitte la scène
  • Par laurentbkk 16 Juil 2015 - 1 H 13

    ahhh le Sept , le Pimms toute ma jeunesse parisienne

     
  • Par clydedeyagg 15 Juil 2015 - 10 H 50

    Tes chroniques sont toujours aussi passionnantes, et on y apprend tellement de choses!
    Qu’est-ce que j’aurai aimé vivre ces soirées qui paraissent enchantées racontées comme ça:)

     
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