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Evénements | 17.08.2015 - 06 h 44 | 1 COMMENTAIRES
Juillet 1979, Un été fondateur
Couverture du n°4/5 (Été 1979) Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Couverture du n°4/5 (Été 1979)
Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

En ces années 70 finissantes, le Groupe de Libération Homosexuelle de Marseille, un des GLH les plus actifs de France, décide de réunir l’ensemble des groupes nationaux pour mener des réflexions communes, dessiner la société de demain, et faire la fête. La toute première édition des Universités d’Eté Homosexuelles est organisée dans la cité phocéenne du 23 au 28 juillet 1979, avec l’appui du maire de la ville, Gaston Defferre.

 

Cette initiative part d’un constat simple : durant les mois précédents, les cas de discrimination et d’interdictions professionnelles se sont multipliés à l’encontre des homosexuels (affaires Croissant, Fourniols, Rossignol…). Disséminée entre de multiples GLH locaux indépendants les uns des autres, la communauté homosexuelle ne dispose d’aucune structure organisée, à même de réagir et de porter les revendications nécessaires. D’où l’idée de réunir pendant une semaine des acteurs de tous horizons, qui réfléchiront sur les moyens d’action futurs.

 

Les militants débarquent de partout. Toutes les grandes villes de France sont représentées : Amiens, Aix-en-Provence, Angers, Bayonne, Caen, Clermont-Ferrand, Dijon, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Nantes, Nice, Paris, Reims, Rennes, Rouen, Toulon, Toulouse, Tours. Mais c’est aussi l’ensemble de l’Europe qui se mobilise, avec des visiteurs en provenance de Belgique, de Catalogne, du Danemark, d’Italie, du Luxembourg, des Pays-Bas ou de Suisse. Si le coup d’envoi de l’événement est donné dès le 1er juillet par une conférence de presse à Lyon, tous les participant-e-s vont donc aller et venir à Marseille pendant une semaine, au gré de tables rondes, conférences, pique-niques, débats, excursions dans les calanques, bal et fêtes diverses. Le lundi 28, c’est une nuit du cinéma homo qui accueille les « universitaires ». Tout se terminera le samedi suivant par un grand gala (qui réunit près de 2.500 personnes) pour les droits et les libertés des homosexuels, après un défilé sur la Canebière durant l’après-midi.

 

Si tous les débats ne se valent pas, l’événement souligne le besoin de mettre en place des collectifs d’actions et de revendications, d’élargir les mouvements homosexuels existants, d’interpeller les partis politiques et les syndicats, de les pousser à créer des commissions homosexuelles en leur sein… Plusieurs groupes sont fondés lors de ces premières UEH. Le CHEN (Collectif Homosexuel de l’Education Nationale) rassemblera désormais les enseignants homosexuels et définira un ensemble de revendications. Plus controversé, le GRED (Groupe de Recherche pour une Education Différente) entreprendra quant à lui un travail de réflexion sur les relations entre adultes et enfants…

 

Enfin, l’initiative principale reste la création d’un collectif national, le COUAR (Comité d’urgence anti-répression) qui diffusera la communication et coordonnera de manière permanente les différents GLH afin d’organiser enfin une riposte immédiate face à tous les cas de répression à venir. Très vite rebaptisé CUARH (Comité d’urgence anti-répression homosexuelle), la nouvelle fédération se donne rendez-vous à Paris, dès les 29 et 30 septembre.

 

Cette grande rencontre de rentrée signe le véritable démarrage du nouveau collectif, appelé à jouer un rôle majeur au début des années 80. Elle officialise le lancement d’une ligne téléphonique, « Homo-recours ». Elle décide la création d’une affiche de communication nationale sur les discriminations, et la mise en place d’un véritable travail de fond sur les interdictions professionnelles. Tout ne se fait pas sans douleur. Beaucoup de GLH provinciaux reprochent au groupe parisien de mettre la main et de politiser la nouvelle coordination, et d’avoir déjà préparé toutes les actions à venir avant même cette rencontre. Beaucoup aussi appellent le CUARH à dépasser la seule question professionnelle pour s’intéresser au quotidien des homos, aux agents immobiliers qui refusent de louer des appartements à deux hommes, aux cruelles réflexions quotidiennes au boulot, au besoin de se vivre en tant qu’homosexuel de manière plus positive… Mais quoi qu’il en soit, le mouvement est lancé. Pour la première fois, les gais et les lesbiennes ont créé un mouvement associatif organisé et décidé à faire avancer les droits, qui permettra quelques années plus tard à la gauche, quand elle arrivera au pouvoir, d’avoir des interlocuteurs crédibles et constructifs pour une nouvelle politique en direction de notre « communauté ».

 

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de juillet-août 2015. Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

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Toulousain d'origine, parisien depuis... un peu plus de 18 ans. Volontaire et aujourd'hui trésorier du Centre LGBT Paris Île-de-France, je vous invite tous à venir nous retrouver, pour une question, un conseil, un entretien, un débat, une projection, une visite de la bibliothèque...
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LES réactions (1)
Juillet 1979, Un été fondateur
  • Par Dead Head 17 Août 2015 - 18 H 09

    Toute une époque ! C’est au CUARH, au milieu des années 80, que j’ai rencontré pour la première fois celui avec qui je vis maintenant depuis 25 ans et avec qui je suis marié depuis un an !

     
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