5107 Septembre 1990, Bénissez-nous mes Soeurs ! | C’était il y a 30 ans… les années Gai Pied

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Evénements | 10.09.2015 - 21 h 48 | 3 COMMENTAIRES
Septembre 1990, Bénissez-nous mes Soeurs !

201509_SoeursLe 11 septembre 1990 a lieu à Paris, sur les marches de la Sorbonne, une bien étrange cérémonie. Venue tout droit de San Francisco, Sister Vicious Power Hungry Bitch, révérende mère californienne, reçoit les vœux des quatre premières Sœurs de la Perpétuelle Indulgence en France. Mère Rita du Calvaire, Sœur Cunégonde Hospitalière, Sœur Ginette de la Vache Molle et Sœur Thérèse de Cul et Lard vont désormais prendre en main la destinée du tout nouveau Couvent de Paris.

 

Tout a commencé en juin de la même année, lors de la Conférence mondiale sur le sida, à San Francisco. Jean-Yves Le Talec, journaliste au Gai Pied, y rencontre les Sœurs pour la première fois. Des Sœurs qui, depuis 1979, ont décidé de changer le monde afin que les gais et les lesbiennes y trouvent enfin leur place. À l’origine, quatre garçons qui se sont installées au coin de la 18ème Rue et de Castro, en habit de religieuses, décidés à faire fuir les activistes chrétiens qui avaient investi le quartier. Ils ont pour dessein principal de rendre leur fierté aux passants, tout en délivrant un message politique. Peu à peu, ces nouvelles « Sœurs de la Perpétuelle Indulgence » se sont aussi lancées dans le charity-business, afin de lever des fonds, redistribués ensuite aux associations LGBT. Avec l’arrivée du sida, leur rôle a pris une tournure complémentaire, et elles se sont mises à délivrer lors de leurs passages, toujours très remarqués, des messages de prévention. Elles ont même été les premières, lors de la Gay Pride de 1982, à distribuer des dépliants prônant le safer sex

 

Le Couvent de San Francisco est donc bien installé quand est créé celui de Paris. Le fonctionnement de ce dernier sera légèrement différent : contrairement à leurs homologues américaines, les Sœurs françaises choisissent la mixité. Une double mixité même, puisque sont accepté-e-s en leur sein non seulement des femmes, mais aussi des hétérosexuels. Mais le discours et les actions sont les mêmes. Il s’agit ici aussi de lutter contre le discours moraliste des Églises, lesquelles cherchent encore à tout interdire : la contraception, l’avortement, les préservatifs et bien sûr les relations homosexuelles. Afin de combattre la honte induite par la société et la religion, les Sœurs œuvrent à redonner leur fierté aux homos, et à assurer leur visibilité : « À force de se fondre, on finit parfois par disparaître. […] Les homosexuels doivent devenir plus visibles afin qu’on ne les oublie pas. Nous sommes là pour faire de la provocation et tenir un discours différent du consensus. Non, nous ne sommes pas comme tout le monde, nous sommes d’affreux jojos travestis avec des grandes oreilles, et on ne lâchera pas tant qu’on n’aura pas obtenu ce que l’on veut. »

 

Après son baptême, le Couvent de Paris fait son entrée officielle dans le monde lors du troisième Salon de l’Homosocialité, organisé par le Gai Pied en mars 1991. Quelques jours plus tard, les Sœurs tiennent les entrées et font l’ouverture et la clôture d’un événement multiculturel organisé près de la place de Clichy par le journal branché Collector. La collecte de fonds qu’elles organisent à cette occasion leur rapporte plus de 43.800F, qu’elles peuvent ensuite redistribuer à des actions de lutte contre le sida, en apportant des fonds à Aides Paris Ile-de-France, Positifs, Aides Auvergne, Act Up-Paris ou Aparts… Le 31 mai et le 1er juin, le Couvent de Paris organise son premier concile, auquel assistent des Sœurs américaines, australiennes et anglaises. Le lendemain, dimanche 2 juin, tout ce petit monde profite enfin de la Fête Dieu pour aller évangéliser les gais parisiens lors du Tea Dance hebdomadaire organisé au Palace.

 

Peu à peu, les Sœurs montent diverses actions de prévention, organisent des confessions dans des bars, afin notamment de permettre aux homos d’exprimer et ainsi évacuer leurs réactions par rapport à la maladie qui décime alors la communauté. Assez rapidement, elles organisent aussi des séjours de ressourcement, qui réunissent chacun une vingtaine de personnes concernées par le sida, afin de leur offrir une semaine de break dans un endroit agréable, sans forcément d’ailleurs parler de la maladie.

 

Si leur présence interpelle et trouble d’abord la communauté [on leur reprochera parfois de donner une « mauvaise image » de l’homosexualité avec leurs costumes et leurs discours !] elles parviennent malgré tout peu à peu à trouver leur place. Le Couvent de Paris, qui fête aujourd’hui ses 25 ans, a vu la naissance (et parfois malheureusement la disparition) de plusieurs autre couvents en France. Avec toutes les autres Sœurs, de France et du monde entier, il est devenu un acteur incontournable du paysage LGBT, un appui sans faille des associations, un élément de joie et de fête, de fierté et de prise de conscience. Aussi le Centre LGBT ne peut-il que se féliciter de l’accueillir enfin depuis le printemps dernier comme association membre !

 

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de septembre 2015. Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Publié par
Toulousain d'origine, parisien depuis... un peu plus de 18 ans. Volontaire et aujourd'hui trésorier du Centre LGBT Paris Île-de-France, je vous invite tous à venir nous retrouver, pour une question, un conseil, un entretien, un débat, une projection, une visite de la bibliothèque...
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LES réactions (3)
Septembre 1990, Bénissez-nous mes Soeurs !
  • Par Tom75 12 Sep 2015 - 7 H 26

    Les meilleures choses ont une fin. Et je prévois de continuer à écrire des billets jusqu’à décembre, mais sans doute pas au-delà. Parce qu’il ne faut pas « s’encroûter » et s’installer dans des habitudes. Parce que j’ai un peu fait le tour des sujets que je voulais aborder. Parce que depuis une grosse année, mon planning explose de partout et qu’il m’est de plus en plus difficile de trouver du temps pour écrire. Bref, vient un moment où il faut réfléchir à passer à autre chose 😮

     
  • Par Xavier Héraud 12 Sep 2015 - 6 H 37

    Merci pour cet excellent article. Mais pourquoi « probablement l’un des derniers »? 🙁

     
  • Par Tom75 10 Sep 2015 - 21 H 54

    Probablement un des derniers articles sur ce blog , mais non des moindres (en tous cas par le sujet abordé).

     
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