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Auteur : Tom75

Mars 1988, Les séropos de l’Hôtel de Ville

Le lundi 21 mars 1988, la séance du Conseil de Paris s’annonce houleuse. Après des semaines de polémique, Georges Sarre, député et conseiller municipal de la capitale, secrétaire national du Parti Socialiste, a décidé de demander officiellement si l’administration parisienne, encore dirigée par Jacques Chirac et la droite, a mené des tests de dépistage du sida à l’insu des agents de la ville, et licencié un certain nombre d’entre eux… Tout a commencé un an plus tôt. Jean-Michel L., maître-nageur sauveteur stagiaire de 32 ans à la piscine de la rue Rochechouart depuis 1985, a dû subir une série d’examens dans le cadre de ses visites médicales régulières. Le docteur Meignan, médecin-chef de la ville, décide de le placer sous le coup d’une « inaptitude physique », mais refuse de lui fournir le résultat des examens. Devant l’insistance du jeune homme, il lui lance « Vous n’avez qu’à aller au service des maladies contagieuses et tropicales à Saint-Antoine ! ». Se sachant déjà séropositif, Jean-Michel comprend que la ville a procédé à des tests sanguins sans lui en faire part ; les services médiaux de l’hôpital lui confirment en effet la présence du test dans son dossier, lequel comporte aussi la mention « Homosexuel et toxicomane par voies intraveineuses ». Quelque temps plus tard, son médecin traitant reçoit même une lettre du docteur Meignan, lui expliquant qu’un séropositif ne peut assumer sa fonction de maître-nageur, car il...

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Février 1984, Saunas, attention danger ! (2)

Ce mois de février 1984, la ville de San Francisco est en émoi. Un groupe de militants gais, conduit par Larry Littlejohn, annonce vouloir faire fermer les saunas et backrooms de la ville, afin de lutter contre la propagation du sida. Leur objectif est de recueillir 7332 signatures, afin d’obtenir légalement l’organisation d’un référendum sur ce thème, qui serait organisé en même temps que les prochaines élections municipales, prévues au début de l’été. La maire démocrate de la ville, Dianne Feinstein, gênée aux entournures, évite de trancher elle-même, et confie une mission sur le sujet au docteur Merv Silverman, chef des services de santé de la ville, qui pourra s’il le juge nécessaire lancer un arrêté municipal pour fermer tout établissement jugé dangereux pour la santé publique. La plupart des homos californiens s’élèvent contre cette perspective liberticide, dans laquelle ils ne voient qu’un retour à l’ordre moral. Ils remportent une première manche quand, le 30 mars, Silverman rend ses premières conclusions au cours d’une conférence de presse organisée au Public Health Department : il se prononce contre la fermeture autoritaire des établissements de consommation sexuelle gaie. Las, à la fin du mois de mai, au terme de semaine d’atermoiements, le même Silverman finit par faire adopter un décret municipal qui implique la fermeture de tous les saunas de San Francisco ! Les militants dénoncent aussitôt une opération masquée de nettoyage puritain...

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Janvier 1991, Saunas, attention danger ! (1)

Le jeudi 10 janvier 1991, à 22h, le sauna de nuit King Night ouvre ses portes, comme chaque soir, avenue de Saint-Ouen, dans le 18ème arrondissement de Paris. L’établissement a été créé en 1983 par David Girard, petit frère nocturne du King Sauna, installé à quelques pâtés de maisons. Depuis, Citizen Gay a disparu, et les deux commerces ont été rachetés il y a moins d’un mois par Jean-François Chassagne. Un peu avant 23h, alors qu’une petite dizaine de clients sont déjà arrivés, des flammes et une épaisse fumée sortent du sauna finlandais. Le personnel organise immédiatement l’évacuation des...

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Tant et si peu, L’index

Voilà. Comme prévu, j’ai profité de mes vacances pour faire un index permettant des recherches dans l’ouvrage « Tant et si peu », paru aux éditions Des Ailes sur un Tracteur. En espérant qu’il pourra être utile à celles et ceux qui veulent faire des recherches…Tant et si...

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Décembre 1991, Hervé tire sa révérence

L’année 1991 se termine sur une mauvaise nouvelle. Le 27 décembre, l’écrivain Hervé Guibert disparaît, après des mois de souffrance et une ultime tentative de suicide. Il vient de fêter ses 36 ans. De sa maladie, de son sida qu’il ose nommer quand tant d’autres le taisent encore, on sait tout depuis qu’il l’a mis en scène dans ses derniers romans. Des ouvrages qui lui ont apporté une vraie notoriété, alors que son public était plus réduit durant la première partie de sa carrière. L’écrivain l’affirmait lui-même : « C’est incroyable de passer de 5.000 à 130.000 lecteurs. » Une notoriété qui va le suivre après sa disparition, alors que naît une nouvelle polémique sur son nom… Dans les derniers mois de sa vie, l’artiste s’est en effet filmé au quotidien ; les visites chez le médecin, les médicaments, le délabrement du corps, la vieillesse prématurée, la fatigue, la mort qui s’annonce, l’isolement… Guibert ne cache rien et fait de sa maladie une œuvre d’art en même temps qu’un témoignage politique. La pudeur ou l’impudeur (c’est le titre) doit interpeller les spectateurs. C’est pourtant bien ce film que TF1 annonce qu’il diffusera, le 19 janvier, après minuit ! Las. Les réactions se font tout de suite entendre. Solidarité Plus, association de séropositifs, envoie un courrier au Conseil National du Sida, à l’Agence Française de Lutte contre le Sida, à l’Agence Nationale de Recherche sur...

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