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Auteur : Tom75

Novembre 1990 : Allo maman, bobo

Le 13 novembre 1990 est lancée la Sis (Sida Info Service), ligne d’écoute nationale, anonyme et gratuite, ouverte 24h/24. Il s’agit d’assurer écoute et information sur le sida. Cette nouvelle association loi 1901 est créée via un partenariat entre l’AFLS (Agence Française de Lutte contre le Sida) et la fédération AIDES. Ecoutons Amédée Thévenet, son président, décrire les missions de la Sis : « Notre rôle est de proposer 24h sur 24 une réponse d’une technicité et d’une rigueur parfaites, sans poser de jugement moral ». Le service, dirigé par Pierre Kneip,  est assuré en alternance entre des pôles régionaux (Bordeaux, Grenoble, Lille, Marseille, Rennes et Strasbourg) et une équipe basée à Paris. Les répondants sont pour la plupart des salariés ; l’association a embauché 60 personnes, dont une quinzaine à temps plein. Tous bénéficient d’une formation initiale d’un mois, suivie d’une véritable formation permanente, afin d’assurer une mise à jour régulière des connaissances sur la maladie et sur le réseau des intervenants locaux, professionnels ou associatifs. Les volontaires de AIDES assurent de leur côté la permanence tous les soirs de 19h à 23h. Sis a en effet intégré le système des permanences téléphoniques de Aides, qui n’avait jusque là bénéficié d’aucun intérêt des pouvoirs publics. Daniel Defert dénonce d’ailleurs une « réappropriation politicienne d’une création associative ». La ligne d’écoute bénéficie en effet d’un financement public par l’AFLS et d’une communication importante. Et le...

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Octobre 1990, Les secrets de la forêt de Rambouillet

Le 18 octobre 1990, un amateur de champignons parti en forêt de Rambouillet tombe par hasard sur un corps d’homme, entièrement nu, en état de décomposition avancée, largement dévoré par les bêtes. Très vite, les enquêteurs découvrent l’identité de la victime ; il s’agit du pasteur Joseph Doucé, qui a mystérieusement disparu depuis bientôt trois mois… Né en 1945, fils de cultivateurs flamands, naturalisé français en 1982, pasteur, psychologue et sexologue, l’homme était une figure marquante de la communauté gaie. Dans sa jeunesse, il avait quitté le séminaire catholique pour embrasser le culte baptiste. Pasteur à Lens et à Béthune, il était ensuite parti aux Pays-Bas pour y suivre des cours de psychopathologie à l’Université protestante d’Amsterdam, et des stages de sexologie consacrés à l’étude des minorités sexuelles défavorisées. De retour en France, il avait commencé ses activités pastorales dans un ancien théâtre porno de Pigalle, qui lui avait rapidement valu les surnoms de « pasteur porno » ou de « pasteur déchu ». Il n’hésitait pas non plus à revêtir sa tenue ecclésiastique pour se rendre dans les saunas et autres lieux de drague, à la rencontre des gais. En 1976, il avait fondé le Centre du Christ Libérateur (CCL), qui lui permettait de réunir régulièrement des groupes de parole divers : pour les transsexuels, les travestis, les gais sourds et muets, les sadomasochistes, les lesbiennes, les bisexuels, les pédophiles… Et même pour les...

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Septembre 1990, Un nouveau collectif

Le 24 septembre 1990 se tient à Paris une réunion de travail d’un Collectif des associations homosexuelles et de lutte contre le sida, qui rassemble la plupart des acteurs communautaires parisiens. Tous ou presque sont là : Act Up-Paris, Arcat-Sida, Positifs, le projet Ornicar, Aparts, SOS Ecoute gaie, les Gais Pour les Libertés, Homosexualités & Socialisme, le Rhif, FG, les Gais Retraités, le MAG, David & Jonathan, le Gage, le Beit Haverim, Santé et Plaisir Gai, le Patchwork des Noms, Agora, le CRIPS… Le sujet du jour : le collectif doit-il se constituer en association pour constituer un centre gai à Paris ? Un tel centre existe déjà à New York (depuis 1984) ou Londres (1986). A Paris, ce projet affronte celui d’une « maison du sida », alors que la ville constitue la capitale européenne la plus touchée par la maladie. Les positions sont très difficiles à concilier, alors même que Dominique Charvet et l’Agence Française de Lutte contre le sida sont disposés à financer l’une ou l’autre des initiatives. Le 23 mars, Michèle Barzach, chargée de la question sida au sein de la Mairie de Paris, avait déjà tenté de réunir les associations, en vue de bâtir un  projet commun. En vain. Un collectif s’est néanmoins créé, devant l’urgence de la situation. A Paris, 65% des malades du sida sont homosexuels. Ils ont besoin d’une « maison des gais » où ils pourront parler...

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Eté 1990, Mort d’un fêtard

Le 23 août 1990, un jeune homme de 31 ans disparaît à Paris. Personnage polémique et décrié, c’est l’un des acteurs les plus importants de la vie gaie parisienne, et sans doute française, de la fin des années 80. Son nom : David Girard. A 31 ans, David a déjà touché à tout, ou presque, et constitué un véritable empire de la nuit homo. Originaire de Saint-Ouen, où il sera inhumé, il a commencé sa « carrière » sur les trottoirs de la mythique rue Sainte-Anne, et dans les colonnes de petites annonces de Gai Pied ou France-Soir. Un passé qu’il ne...

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Juin 1985, Les mœurs au Parlement

Au printemps 1985, la ministre des droits de la femme, Yvette Roudy, propose au Parlement une réforme du Code pénal visant à prolonger les lois antiracistes de 1972 et 1975 et à introduire une répression des discriminations sexistes. Le député PS de Haute-Saône, Jean-Pierre Michel, profite de l’occasion pour déposer un amendement qui condamnerait aussi les discriminations envers les homosexuels, au moins dans le cadre du travail. Les contrevenants seraient désormais passibles de 2 mois à 2 ans de prison, et 3.000 à 40.000 FRF d’amende. Et les associations de défense des droits des femmes ou des homosexuels pourraient se porter partie civile en cas de procès… Il s’agit là d’une vieille revendication, portée notamment par le CUARH depuis les avancées législatives consécutives à l’arrivée de la gauche au pouvoir en mai 1981. A l’époque, le ministre délégué à la Fonction publique, Anicet Le Pors, avait déjà fait un premier pas en faisant disparaître les notions de « bonnes mœurs et de bonne moralité » du code de la fonction publique. Afin de faire passer plus facilement la nouvelle mesure (d’abord refusée par le gouvernement dans son projet de loi), Jean-Pierre Michel a choisi de s’appuyer sur la notion de mœurs, plus large que celle d’orientation sexuelle. Le jeudi 23 mai 1985, en première lecture à l’Assemblée Nationale, c’est le carton plein. L’amendement est voté à la quasi unanimité des députés ;...

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