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C’était il y a 30 ans… les années Gai Pied
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Evénements | 12.09.2014 - 05 h 08 | 0 COMMENTAIRES
Septembre 1990, Un nouveau collectif

Logo de la Maison des Homosexualités

Logo de la Maison des Homosexualités

Le 24 septembre 1990 se tient à Paris une réunion de travail d’un Collectif des associations homosexuelles et de lutte contre le sida, qui rassemble la plupart des acteurs communautaires parisiens. Tous ou presque sont là : Act Up-Paris, Arcat-Sida, Positifs, le projet Ornicar, Aparts, SOS Ecoute gaie, les Gais Pour les Libertés, Homosexualités & Socialisme, le Rhif, FG, les Gais Retraités, le MAG, David & Jonathan, le Gage, le Beit Haverim, Santé et Plaisir Gai, le Patchwork des Noms, Agora, le CRIPS… Le sujet du jour : le collectif doit-il se constituer en association pour constituer un centre gai à Paris ?

Un tel centre existe déjà à New York (depuis 1984) ou Londres (1986). A Paris, ce projet affronte celui d’une « maison du sida », alors que la ville constitue la capitale européenne la plus touchée par la maladie. Les positions sont très difficiles à concilier, alors même que Dominique Charvet et l’Agence Française de Lutte contre le sida sont disposés à financer l’une ou l’autre des initiatives. Le 23 mars, Michèle Barzach, chargée de la question sida au sein de la Mairie de Paris, avait déjà tenté de réunir les associations, en vue de bâtir un  projet commun. En vain.

Un collectif s’est néanmoins créé, devant l’urgence de la situation. A Paris, 65% des malades du sida sont homosexuels. Ils ont besoin d’une « maison des gais » où ils pourront parler de leur séropositivité, trouver de l’information… Les travaux de réflexion se multiplient et Thierry Meyssan (Projet Ornicar) et Jean Le Bitoux (Arcat-Sida) finissent par proposer des statuts pour une fédération d’association, en vue de la création d’un centre gai. Las, ce projet est désapprouvé par la plupart des membres du collectif, qui craignent un manque de libertés pour les associations membres et, disons-le, se méfient de ses promoteurs…

Coup de théâtre pourtant le 7 décembre : soutenu par Aides Paris Ile-de-France et son représentant, Dominik Le Fers, Jean Le Bitoux tente un coup de force et annonce l’ouverture prochaine d’un centre gai expérimental. Il a même choisi de l’installer dans un lieu mythique, l’appartement de Frédéric Edelmann du 25 rue Michel-Lecomte, qui a déjà vu naître l’association Aides en 1984. Tout se fait un peu dans la précipitation, sans même que l’AFLS soit prévenu ni ne reçoive la moindre demande de subvention. L’Agence jouera néanmoins le jeu et financera immédiatement cette initiative, structure communautaire certes, mais qui, en favorisant une meilleure intégration des homosexuels, permettra de promouvoir une prévention qui s’essouffle, et de soutenir les malades, trop souvent rejetés par le milieu gai.

Frank Arnal dénonce un putsch, Didier Lestrade est furieux. Une fois de plus, Jean Le Bitoux n’en a fait qu’à sa tête, s’est approprié un projet qui n’était pas le sien à l’origine, et a pris la tête d’un petit groupe, en « oubliant » de prévenir la plupart des associations partie prenante. La machine est néanmoins lancée. Le lieu ouvre dès le 10 décembre, sans structure légale : il sera porté pendant plus de 2 ans par une autre association, le Civis, sans que la Maison des Homosexualités (nom finalement donné au projet dans les jours qui ont suivi) soit elle-même jamais constituée en association…

Un an plus tard, l’AFLS financera une nouvelle Maison des Homosexualités, à Lyon cette fois, autour de l’association Aris. L’occasion pour Françoise Varet, représentante de l’AFLS, d’expliquer l’intérêt de la structure : « L’insertion sociale des homosexuels est une condition essentielle pour l’adoption de comportements de prévention. Dire son homosexualité en province reste difficile. Notre but est de donner un lieu où les homosexuels puissent s’exprimer et rencontrer des acteurs de prévention. […] En incitant à la mise en évidence des associations homosexuelles, nous espérons être un levier pour l’engagement des élus locaux, réticents à se mobiliser sur ces thèmes. »

Et peu à peu, d’autres villes se lanceront à leur tour : Tours, Bordeaux, Rennes, Nantes Marseille. A Paris, la MH aura du mal à mobiliser le grand public et se révèlera avant tout un lieu inter-associatif. Une bibliothèque est ouverte, grâce à l’appui du ministère de la Culture ; tous les mois paraît le Gai Bulletin ; une ligne d’écoute est mise en place… Mais le lieu n’est pas adapté à recevoir du public. Il est surtout parasité par ses querelles internes et ses conflits de personnes ; Thierry Meyssan, engagé comme directeur, doit finalement démissionner en avril 1991.  Il faudra attendre la constitution du CGL, en mars 1993, et surtout son installation au 3 rue Keller, le 1er avril 1994, pour que les lesbiennes et les gais parisien trouvent enfin le lieu d’accueil et de soutien qu’elles-ils attendaient depuis des années…


Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de septembre 2014. Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Sources : Gai Pied Hebdo n° 440 (18 octobre 1990), n°448 (13 décembre 1990)…

Le mois prochain : Octobre 1990, Les secrets de la forêt de Rambouillet.


 PS : l’histoire détaillée de la Maison des Homosexualités et du Centre (Gai & Lesbien puis LGBT Paris Ile-de-France) est toujours disponible au bar du Centre, 63 rue Beaubourg, 75003 Paris

La première équipe de la Maison des Homosexualités, devant le 25 rue Michel Lecomte

La première équipe de la Maison des Homosexualités, devant le 25 rue Michel-Lecomte

 

Evénements | 15.07.2014 - 05 h 41 | 4 COMMENTAIRES
Eté 1990, Mort d’un fêtard

Le 23 août 1990, un jeune homme de 31 ans disparaît à Paris. Personnage polémique et décrié, c’est l’un des acteurs les plus importants de la vie gaie parisienne, et sans doute française, de la fin des années 80. Son nom : David Girard.

A 31 ans, David a déjà touché à tout, ou presque, et constitué un véritable empire de la nuit homo. Originaire de Saint-Ouen, où il sera inhumé, il a commencé sa « carrière » sur les trottoirs de la mythique rue Sainte-Anne, et dans les colonnes de petites annonces de Gai Pied ou France-Soir. Un passé qu’il ne reniera jamais, revendiquant lui-même pas moins de 13.000 passes. L’argent gagné lui permet d’ouvrir d’abord un salon de « massages », le David-Relax. Puis très vite, il multiplie les affaires. Un sauna, le King ; puis un autre, le King-Night. Un restaurant. Un journal gratuit, le 5/5, distribué dans toute la France ; puis un magazine payant, Gay International.

Et bien sûr, ses deux boîtes de nuit successives. Le Haute Tension, d’abord, inauguré le 14 décembre 1983, rue Saint-Honoré, qui dynamite la nuit gaie parisienne jusqu’en juin 1987. Puis le Megatown, plus grande disco gaie d’Europe. Sans doute son plus gros coup de comm. David a fait le pari en effet de quitter le Marais, pour investir les 2000 m² de l’ancien cinéma Louxor, à Barbès. Une boîte ouverte chaque semaine dès le mercredi, organisée autour d’une grande piste centrale modulable, mise en valeur par des podiums, des échafaudages, force lasers et drapeaux, fumigènes, écran géant. Des soirées à thème, gratuites en semaine, à prix cassés le reste du temps. Un tea-dance le dimanche soir. Bref, pour certains, la relève de Fabrice Emaer et du Palace… Le 20 juin 1987, 4.000 personnes se pressent à la soirée d’inauguration, le soir même de la Gay Pride. Pour l’occasion l’accès est gratuit, de même que les navettes qui relient le lieu à Châtelet, tous les quarts d’heure, de 23h à 6h du matin.

Fort de ces succès commerciaux, David est partout. Toujours en juin 1987, il sort son premier 45 tours, « Love Affair », morceau dance-music, complainte du business-man qui n’a « plus le temps de s’envoyer en l’air ». Un second suivra en 1989, « White Night », qui ne marquera pas davantage les annales et fera toujours aussi ricaner les moqueurs. Toujours à la même époque, il investit chaque soir l’antenne de la radio Futur Génération (ex- Fréquence Gaie, future FG), pour son émission de libre antenne « Lune de Fiel », coanimée avec Zaza Dior… Au printemps 1986, il a même eu le culot de publier ses mémoires, « Cher David ». Un OVNI de l’édition, qui lui vaut néanmoins un passage mémorable chez Bernard Pivot. Même si l’animateur le relègue en fin d’émission et le traite avec beaucoup de condescendance et de mépris, insistant plus que lourdement sur son passé de prostitué et son manque de culture, qui peut se targuer comme lui d’avoir « fait Apostrophes » ?

Figure marquante, David est loin de faire l’unanimité dans le milieu. On lui reproche sa mégalomanie, et surtout son manque de militantisme : il fait des affaires avec des établissements de sexe, à l’heure où le sida fait des ravages. Guy Hocquenghem lui-même se fend d’une tribune dans Gai Pied, en mars 1985, sobrement intitulée « Une ancienne pute », où il lance : « Monsieur Girard, ne montez pas au-dessus de la ceinture. Puisque vous faites votre argent dans le sperme, je vous en prie, un peu d’esprit de conséquence. Non, non, ne vous relevez pas : vous êtes, j’en suis sûr si naturel, à genoux dans la vapeur ». Mais au moins, David fait parler de lui et s’en amuse visiblement. Aussi, on oublie bien vite qu’en marge de ses activités, il finance et maintient la tête hors de l’eau une Gay Pride moribonde en y déployant ses chars, certes commerciaux. Que son groupe distribue gratuitement des centaines de milliers de capotes. Qu’il a laissé la consigne à ses employés de laisser Act Up-Paris accéder librement à ses établissements pour éditer des tracts, passer des coups de fil…

Officiellement, David Girard est décédé d’une « tumeur cérébrale foudroyante ». Personne n’ignore pour autant qu’il a à son tour été emporté par le sida. Une question qu’il a longtemps feint d’ignorer. En novembre 1984, l’éditorial de GI, intitulé « Merde au sida » avait ainsi consterné la communauté, à l’heure où les grands acteurs se réveillaient enfin de leur aveuglement face à la maladie. David Girard, emporté par son énergie et sa rage de vivre, ne l’aura pas vu venir, ni pour les autres, ni pour lui. Il aura préféré faire la fête jusqu’au bout, et entraîner les homos dans son sillage pour danser (et baiser) jusqu’au bout de la nuit.

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de juillet-août 2014. Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Sources : Gai Pied Hebdo n° 275 (20 juin 1987), n°433 (30 août 1990).

Le mois prochain : Septembre 1990, Un nouveau collectif.

 

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Evénements | 16.06.2014 - 04 h 51 | 1 COMMENTAIRES
Juin 1985, Les mœurs au Parlement

Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Au printemps 1985, la ministre des droits de la femme, Yvette Roudy, propose au Parlement une réforme du Code pénal visant à prolonger les lois antiracistes de 1972 et 1975 et à introduire une répression des discriminations sexistes. Le député PS de Haute-Saône, Jean-Pierre Michel, profite de l’occasion pour déposer un amendement qui condamnerait aussi les discriminations envers les homosexuels, au moins dans le cadre du travail.

Les contrevenants seraient désormais passibles de 2 mois à 2 ans de prison, et 3.000 à 40.000 FRF d’amende. Et les associations de défense des droits des femmes ou des homosexuels pourraient se porter partie civile en cas de procès… Il s’agit là d’une vieille revendication, portée notamment par le CUARH depuis les avancées législatives consécutives à l’arrivée de la gauche au pouvoir en mai 1981. A l’époque, le ministre délégué à la Fonction publique, Anicet Le Pors, avait déjà fait un premier pas en faisant disparaître les notions de « bonnes mœurs et de bonne moralité » du code de la fonction publique.

Afin de faire passer plus facilement la nouvelle mesure (d’abord refusée par le gouvernement dans son projet de loi), Jean-Pierre Michel a choisi de s’appuyer sur la notion de mœurs, plus large que celle d’orientation sexuelle. Le jeudi 23 mai 1985, en première lecture à l’Assemblée Nationale, c’est le carton plein. L’amendement est voté à la quasi unanimité des députés ; même la droite a voté pour !

Mais tout se complique au Sénat. La commission des affaires sociales de la Chambre Haute avait déjà proposé à l’unanimité, socialistes et communistes compris, de rejeter l’amendement. Et c’est bien ce qui arrive le 17 juin. Les sénateurs ont apparemment été sensibles aux arguments du centriste Louis Boyer, rapporteur du projet de loi : « Avec l’amendement de Jean-Pierre Michel, on n’aura plus le droit de refuser d’embaucher un anthropophage. On va autoriser des mœurs ultra-laxistes, alors que nous vivons dans une société de gens normaux. Il y en a peut-être [des homos] au gouvernement, mais de là à vouloir transformer la société en société homo, il y a de la marge. […] Si l’Assemblée Nationale persiste, on dira qu’elle a des mœurs spéciales. »

Quand le texte revient en deuxième lecture à l’Assemblée, le 26 juin, le député UDF Gilbert Gantier emboîte le pas sur son collègue sénateur : « Le groupe socialiste a toujours été très favorable à l’homosexualité et il a fait disparaître du Code pénal un certain nombre de dispositions relatives à cette … caractéristique. Vous voulez aujourd’hui poursuivre cette œuvre. […] Cela me conduit à penser à la pédophilie. […] Vous allez trop loin, vous poursuivez des objectifs inadmissibles. ». La majorité de gauche vote néanmoins à nouveau en faveur de l’amendement.

Au Sénat le 28 juin, Louis Boyer remonte au créneau : « Outre que le terme employé est excessivement vague, il permettrait une assimilation entre les femmes et les homosexuels, tout à fait préjudiciable au sexe féminin ». Ce réquisitoire séduit visiblement la sénatrice PS Cécile Goldet, qui lui répond publiquement : « Je suis sensible à l’argument de M. le rapporteur » ! L’homophobie vit décidément de belles heures…

Après un nouveau rejet par le Sénat, il faudra finalement attendre le 29 juin pour que l’Assemblée Nationale tranche définitivement le débat et adopte la loi et son amendement sur les mœurs, en troisième et dernière lecture. Les avancées des droits des homos ne sont décidément jamais un long fleuve tranquille.

 

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de juin 2014. Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Sources : Gai Pied Hebdo n° 172 (1er juin 1985), n°175 (22 juin 1985), n°177 (6 juillet 1985).

Le mois prochain : Août 1990, Mort d’un fêtard.

Evénements | 02.06.2014 - 04 h 31 | 8 COMMENTAIRES
Mai 1987, L’heure de « vérité » de M. Le Pen

201405_Mai87Le mercredi 6 mai 1987, Jean-Marie Le Pen est à L’heure de vérité, la grande émission politique d’Antenne 2. Comme à son habitude, celui qui est alors député de Paris (en mars 86, 35 députés frontistes et apparentés ont fait leur entrée à l’Assemblée Nationale) profite de cette tribune nationale pour provoquer de nouvelles polémiques et accaparer ainsi l’espace médiatique. L’immigration le lui suffisant plus, il trouve un nouveau thème porteur : le sida.

Près de 30 ans plus tard, ses propos sont encore dans toutes les mémoires : « Le sidaïque, si vous voulez, j’emploie ce mot-là, c’est un néologisme, il n’est pas très beau, mais je n’en connais pas d’autres, celui-là, il faut bien le dire, est contagieux, par sa transpiration, ses larmes, sa salive, son contact. [] C’est une espèce de lépreux. [] Les sidaïques, en respirant du virus par tous les pores, mettent en cause l’équilibre de la nation.  » Poursuivant sur la voie des contre-vérités pseudo-médicales, il explique aussi, sans donner plus de détails, « On a dit aux Français qu’il suffisait de se doter de préservatifs pour se mettre à l’abri de la contagion. C’est faux. ». O

Dérapage ? Pas vraiment. Le Pen contrôle bien ses propos et les a volontairement prononcés. Il reprend les thèmes et les mots qu’il développe depuis plusieurs semaines déjà, à la suite des théories fumeuses du docteur Bachelot, expert de la question du sida au FN. Ce dernier expliquait déjà un mois plus tôt dans les colonnes du Gai Pied : « Les sidaïques sont de véritables bombes virologiques. On ne fera pas de progrès dans la lutte contre le sida sans isoler les patients. Il existe bien des centres anticancéreux ! Si on laisse les malades dans des hôpitaux généraux, ils seront mal soignés. Le personnel n’est pas assez compétent. » Et Le Pen de proposer à sa suite de « transformer les sanatoriums de France en sidatoriums. »

« Sidaïque » et « sidatorium », les mots sont lâchés. Après les avoir testés en meetings, Le Pen les inaugure à la télévision française à une heure de grande écoute. Même l’un de ses interviewers, Jean-Marie Colombani, se laisse manipuler et les reprend sans sourciller : « 250.000 sidaïques, avez-vous dit… ». Le mot stigmatise et facilite le discours sur la mise en quarantaine

Le but en tous cas est atteint. Durant les jours qui suivent, tout le monde ne parle que des dernières déclarations de Le Pen. Le tollé est total auprès de la communauté scientifique et des associations de lutte contre le sida. Et, à de rares exceptions près, la classe politique dans son ensemble clame son dégoût. Michèle Barzach, ministre de la Santé, déclare par exemple « Non, la chasse à ce que vous avez appelé les ‘sidaïques’, et ce terme est teinté des relents de notre histoire la plus tragique, cette chasse n’est pas ouverte. » et dénonce une « litanie de mensonges, de falsifications et de contre-vérités ».

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de mai 2014. Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Sources : Gai Pied Hebdo n° 266 (18 avril 1987), n°270 (16 mai 1987), n°271 (23 mai 1987)…

Le mois prochain : Juin 1987, Les mœurs au Parlement.

Evénements | 14.04.2014 - 05 h 47 | 0 COMMENTAIRES
Avril 1992, Alerte sur le 3615

201404_Avril92Le 14 avril 1992, plusieurs éditeurs de serveurs télématiques gais reçoivent des lettres officielles, leur signifiant pas moins qu’une mise en demeure avant décâblage, c’est-à-dire coupure de leur service. France Telecom a semble-t-il décidé de faire un grand ménage de printemps sur les réseaux minitel de rencontres entre hommes. Sont particulièrement visés le 3615 BOY (du groupe Illico) et le 3615 NIC (du groupe Gai Pied).

La décision n’est pas nouvelle. En tout début d’année, les anciens PTT ont déjà déconnecté le serveur 3615 FONE, de tendance plutôt SM. Le Comité consultatif du kiosque télématique lui reprochait un manque de respect des bonnes mœurs, et de contrevenir ainsi au Code pénal. Et ce même comité avait alors annoncé étudier d’autres cas de minitel rose. Un secteur déjà touché par les nouvelles mesures fiscales de Bercy : Michel Charasse vient de classer une trentaine de messageries roses dans une liste de « services interactifs à caractère pornographique », ce qui les soumet à une nouvelle taxation de 50%, mesure votée en décembre 1989 suite à un amendement déposé par une certaine… Christine Boutin ! (Cette chère Christine restait pourtant light : le député Philippe Auberger demandait lui de porter la taxe au taux confiscatoire de… 100% !)

En ce mois d’avril, il est donc reproché à de simples services de rencontres de contrevenir eux aussi aux bonnes mœurs, alors qu’ils sont accessibles « à tout public et notamment aux enfants et adolescents ». Mais au-delà de ces simples services, c’est la survie financière de deux groupes de presse qui est menacée. Personne n’ignore en effet que le minitel rose finance globalement la presse papier ; Staff, société éditrice d’Illico, tire par exemple du minitel 40% de ses revenus !

Des aménagements apportés sur le 3615 NIC convainquent finalement France Telecom. Mais le 3615 BOY reste dans le collimateur du Comité consultatif du kiosque télématique, dont les membres sont nommés par le ministère des Postes et Télécommunications, comité au sein duquel les usagers sont largement représentés par des associations familialistes. Il est reproché au service d’être « contraire à la nécessaire protection des enfants et adolescents », et « d’altérer l’image du kiosque télématique grand public ». On invoque par exemple les pseudos « slip tendu » ou « jh nu je trike un max » pour montrer le danger du service…

Le SNEG a beau lancer une pétition, rien n’y fait. Le service est arrêté le 15 août. Le groupe Illico devra donc se réinventer pour trouver un nouveau modèle économique ; il ne le sait pas encore, mais cela le préparera à l’arrivée d’internet, qui conduira peu à peu à la disparition du minitel. Les pouvoirs publics, eux, ne s’arrêteront pas en si bon chemin : dès le mois de septembre, les 3615 BOMEC, HMUR et HBI disparaîtront eux aussi. Les familles seront sans doute rassurées et pourront à coup sûr laisser leurs bambins jouer sans risque sur la grosse boîte à côté du téléphone !!

 Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois d’avril 2014. Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Sources : Gai Pied Hebdo n° 519 (7 mai 1992), n°532 (27 août 1992), n°538 (8 octobre 1992)…

Le mois prochain : Mai 1987, L’heure de vérité.

Evénements | 20.03.2014 - 05 h 54 | 0 COMMENTAIRES
Mars 1992, Les associations disent NON

Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

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4 mars 1992. Aides, le Crips, Aparts et d’autres associations se sont réunies dans les locaux de Médecins du Monde, pour faire une conférence de presse unitaire, et annoncer leur opposition à un dépistage systématique et obligatoire du sida. Ils dénoncent là une mesure liberticide « qui s’oppose à tous les efforts de prévention qui ont été développées dans les dernières années », qui conduirait à la coercition et la répression, alors que « la prévention doit passer par l’implication de l’individu ou une pédagogie responsabilisatrice.  »

Le débat enfle en effet depuis plusieurs mois, depuis que la députée RPR (et future ministre de la Santé)  Elisabeth Hubert a déposé fin 1991 un amendement à l’Assemblée Nationale, appelant à un test obligatoire lors des examens prénuptiaux et prénataux. Amendement repris par la commission des affaires sociales, culturelles et familiales qui lui a emboîté le pas ; le rapporteur PS Jean-Claude Boulard explique ainsi : « Quand on ne sait pas traiter, on fait du dépistage et l’on prend des précautions – après tout, il n’y a pas une liberté de contaminer ! ».

Au gouvernement, Jean-Louis Bianco, ministre des Affaires sociales, a annoncé dans la foulée la tenue d’un grand débat national. Mais il n’invite que les instances officielles (CNS, Ordre des médecins, AFLS…), excluant les associations de lutte contre le sida de toute consultation. Act Up-Paris réagit le plus violemment, quand une vingtaine de ses militants s’introduisent le 24 janvier 1992 au ministère de la Santé, et s’enchaînent dans le hall jusqu’à ce que, 3 heures plus tard, le ministre Bruno Durieux finisse par les recevoir, avant de se déclarer personnellement opposé à des mesures de dépistage obligatoire.

Début mars, pourtant, le Conseil National de l’Ordre des Médecins relance la polémique en émettant un avis favorable à la mesure, au nom d’une « pédagogie efficace pour la personne séropositive et séronégative ». Avis contredit quelques jours plus tard par le Haut Conseil de la santé publique, qui préfère de son côté un accès plus facile au dépistage volontaire. C’est dans ce contexte qu’intervient donc la conférence de presse inter-associative du 4 mars. Et le 19 mars, la Ligue des Droits de l’Homme émet à son tour un communiqué condamnant le dépistage systématique, suivie par Médecins Sans Frontières et le Comité national d’éthique.

Finalement, une réunion interministérielle se réunit début avril sur le sujet. Elle finit par renoncer officiellement au caractère obligatoire du dépistage, malgré les hésitations d’Edith Cresson, alors Première ministre. Le débat accouche néanmoins sur l’annonce de toute une série de mesures incitatives : les tests prescrits seront dorénavant remboursés à 100% par la Sécurité sociale ; le nombre de Centres de Dépistage Anonyme et Gratuit sera doublé ; les dispensaires antivénériens et les centres de planning familial seront désormais habilités à mener eux aussi des tests gratuits ; et l’Etat enfin injectera 60 MF supplémentaires dans les actions de prévention et de lutte contre le sida, dont le budget passera ainsi de 140 MF en 1991 à 200 MF en 1992. Les violents débats du début d’année auront au moins amené le gouvernement à réagir de manière notable dans le combat contre le VIH…

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de mars 2014

Sources : Gai Pied Hebdo n° 499 (19 décembre 1991), n°511 (13 mars 1992), n°515 (9 avril 1992)…

Le mois prochain : Avril 1992, Alerte sur le 3615.

Evénements | 17.02.2014 - 05 h 19 | 2 COMMENTAIRES
Février 1979, Un numéro 0 prometteur

Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

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Ils ne le savent pas encore, mais ils ont entre les mains un numéro historique. En ce mois de févier 1979, 20.000 chanceux lisent le numéro 0 d’un nouveau journal lancé par Jean Le Bitoux et Gérard Vappereau, un mensuel adressé aux homosexuels qui leur parlera d’actualité, de politique, de culture… Le début d’une aventure qui durera près de 14 ans et 541 numéros. Le Gai Pied est né.

Ce numéro test, gratuit, est un tel succès qu’un second tirage de 5.000 exemplaires supplémentaires est lancé. Une centaine d’abonnements sont souscrits dans la foulée. Et dès le numéro 1, en avril, les lecteurs sont au rendez-vous. Le journal veut embrasser l’intégralité de l’actualité. Celle  des mouvements gais et lesbiens, bien sûr, mais aussi les événements de la vie de tous les jours. L’édito du numéro 1 explique l’objectif du projet : « Notre propos : restituer aux gais, les homosexuels d’aujourd’hui, un lieu pour s’exprimer, un lieu pour discuter. Etre aussi un lieu alternatif à tout ce que les médias racontent sur l’homosexualité bien trop souvent pour justifier et prêter main forte à des campagnes de moralisation d’un autre âge. Mais si nous privilégions l’information internationale, pratiquement introuvable dans le reste de la presse, ou si nous offrons aussi un espace pour la création homosexuelle écrite et graphique, nous ne voulons pas parler que d’homosexualité : on nous y a réduits trop souvent et depuis trop longtemps. »

Monté à l’origine par des bénévoles, le Gai Pied est imprimé sur du papier journal, grâce au concours de la Ligue Communiste Révolutionnaire qui lui prête son imprimerie. Il adopte immédiatement une ligne politique de défense des droits des homosexuels. Grande nouveauté, qui assoira son succès, il est distribué par les NMPP et ainsi diffusé dans les kiosques partout en France. Ceci permet d’en faire un mensuel proche de ses lecteurs, s’intéressant à l’actualité nationale. Afin de resserrer les liens avec le public (et de récolter des fonds), Gérard Vappereau a l’idée d’organiser une grande fête de lancement, au Bataclan, le 30 avril. Pas moins de 2.500 homos viennent assister à cet événement fondateur…

Si l’engouement est manifeste, la survie économique reste précaire. Dès le mois de novembre, le journal est contraint de faire un appel public à soutien. L’équilibre financier est finalement trouvé grâce à la diffusion de petites annonces, qui connaissent un succès énorme, permettant aux gais de faire des rencontres à travers tout le pays.

Dès le début, de grands noms (Foucault, Hocquenghem, Sartre, Duras…) proposent des articles de fond et des analyses. Si la ligne éditoriale est très militante dans les premiers numéros, elle laisse la place aussi à des sujets plus légers. Le Gai Pied s’engage à ses débuts pour l’abrogation des articles relatifs à l’homosexualité qui demeurent dans le Code Pénal, et pour l’égalité des droits. Au tournant des années 80, il prend le parti de François Mitterrand

Peu à peu il lui faudra néanmoins faire évoluer sa formule, pour mieux coller aux attentes des lecteurs. A partir de décembre 1982, il adoptera un format magazine et un rythme mensuel, qu’il gardera pendant presque 10 ans. Les pages s’ouvriront aussi à des photos de nus en page centrale, mais le journal conservera toujours une ligne éditoriale variée, sérieuse, fouillée, qui fera plusieurs fois référence dans la presse française, jusqu’en octobre 1992. S’il a disparu depuis plus de 20 ans, il reste dans les mémoires comme une aventure humaine et militante majeure des années 80 et a permis à des milliers d’homosexuels de s’informer et de réseauter bien avant l’apparition d’internet et des nouveaux médias…

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de février 2014

Sources : Gai Pied n° 0 (Février 1979), n°1 (Avril 1979)

Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Evénements | 20.01.2014 - 05 h 27 | 5 COMMENTAIRES
Janvier 1983, 6.000 homos pour une radio

« Cotta t’es foutue, les homos sont dans la rue ». Le samedi 22 janvier 1983, 6.000 manifestants battent le pavé parisien, de Châtelet à Saint-Germain-des-Prés, pour protester contre les dernières décisions de la Haute Autorité et de sa présidente, la journaliste Michèle Cotta, qui ont décidé, trois jours plus tôt, de limiter fortement les ambitions de Fréquence Gaie sur la bande FM.

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Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

A son arrivée au pouvoir, François Mitterrand a en effet lancé un grand mouvement de libération de la bande FM, afin de régulariser la situation des radios libres. Tout au long de l’année 1982, la nouvelle instance de régulation de l’audiovisuel a mené d’intenses tractations avec les candidats aux fréquences.

Durant l’été, les homos déjà ont dû réagir quand la commission Holleaux n’a pas retenu la radio homo (née en 1981) parmi les dossiers sélectionnés en liste provisoire. Malgré ses 40.000 auditeurs quotidiens, la radio est jugée vulgaire. « Double Face », l’émission de petites annonces animée par Guy Hocquenghem et Jean-Luc Hennig est particulièrement dans le collimateur. Officiellement, la commission profite de désaccords internes au mouvement homo et juge que la radio n’est pas assez représentative de la communauté. Gai Pied et le CUARH montent immédiatement au créneau et une première manifestation réunit 3.000 auditeurs ; même l’IGA (International Gay Association) publie un communiqué officiel de soutien. La commission retient finalement Fréquence Gaie dans sa liste communiquée à la Haute Autorité, le 22 juillet. De son côté, la radio se soumet aux directives de l’Etat, et, à partir de novembre, ouvre chaque semaine 20h de son antenne à Ark-en-Ciel FM, radio d’arts et spectacles, animée par une importante minorité d’homos.

Las, cette concession ne suffit pas. En janvier 1983, Michèle Cotta convoque Geneviève Pastre et Didier Varrod (respectivement présidente et secrétaire général de la radio) : une fréquence sera bien attribuée, mais divisée en quatre : Fréquence Gaie devra partager l’antenne avec Ark-en-Ciel, Radio Libertaire et Radio Libre. Pédés, gouines, théâtreux, anars et écolos réunis ; on regroupe toutes les paroles dérangeantes sur une même antenne. La Haute Autorité semble préférer favoriser les radios confessionnelles, musicales, ou appartenant à de grands groupes de presse (le projet présenté par L’Express, ancien employeur de Mme Cotta, est ainsi retenu, mais c’est sans doute une coïncidence). Les discours officiels expliquent qu’il faut partager chaque fréquence, 150 demandes ayant été reçues alors que seulement 18 radios seront autorisées.

La réaction est immédiate. 20.000 tracts sont imprimés et distribués dans les bars et clubs homos, ainsi que dans les parcs, les gares et les centres commerciaux. Près de 20.000 télégrammes téléphonés « Non au démantèlement de Fréquence Gaie » sont adressés à Michèle Cotta et à Georges Fillioud, ministre de la Communication. Georges Sarre, président du groupe socialiste au Conseil de Paris, déplore lui aussi la décision et promet de poser une question orale sur le sujet à l’Assemblée Nationale. Le sénateur radical Henri Caillavet soutient lui aussi la radio. Gai Pied lance une lettre ouverte à François Mitterrand et à toutes les personnalités des mondes politique et culturel. On commence à agiter la menace de représailles des homosexuels à l’occasion des élections municipales de mars… Et puis, donc, cette manifestation, qui réunit les homos dans un réflexe de conservation, presque de survie. Un beau cortège unanime, qui rassemble toutes les composantes de la communauté, et qui finit sa marche hivernale en chantant La Vie en Rose face aux cordons de CRS massés à Saint-Germain.

Une manif qui porte ses fruits. Le 1er février 1983, Fréquence Gaie se voit finalement notifier son autorisation officielle d’émettre. Elle doit toutefois accorder un peu de temps d’antenne à Ark-en-Ciel FM et Pink Radio. Elle devient surtout la toute première radio homosexuelle du monde diffusant ses programmes en continu, 24h sur 24. Dans le même temps, une enquête de l’IFOP la place au 4ème rang de notoriété et d’audience des radios libres franciliennes, derrière NRJ, Radio Service Tour Eiffel et Radio Montmartre. En août, elle abandonnera son 90FM historique, pour reprendre le 97,2 Mhz, fréquence détenue jusque là par la mythique Carbone 14 qui, elle, n’a pas passé le barrage de la Haute Autorité…

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de janvier 2014

Sources : Gai Pied n° 41 (Août 1982), Gai Pied Hebdo n°54 (29 janvier 1983)…

Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Evénements | 16.12.2013 - 05 h 04 | 1 COMMENTAIRES
Décembre 1983, Un général « gai » fait trembler l’armée allemande

201312_GPH104Le 30 décembre 1983, le ministre ouest-allemand de la Défense, Manfred Wörner, prend une décision qui va déclencher une grosse polémique politique et mettre la question de l’homosexualité dans l’armée sous les feux de la rampe. Une histoire au final quelque peu ridicule, mais qui fera grand bruit en Allemagne de l’Ouest.

Tout commence quand le ministre limoge brutalement le général Gunter Kiessling, commandant en chef adjoint de l’OTAN, trois mois avant sa date prévue de départ à la retraite. Cette décision fait suite à une enquête de la police puis du contre-espionnage militaire, qui ont conclu à l’homosexualité du général. Plusieurs patrons et clients de bars et boîtes homos de Cologne auraient en effet reconnu le général sur des photographies. En soi, l’homosexualité n’est certes plus interdite dans l’armée allemande depuis 1979. Mais à ce niveau de responsabilité, un homo s’exposerait à des risques de chantage et mettrait ainsi en cause la sécurité du pays !

Kiessling nie fermement être homosexuel et jure sur l’honneur que les accusations portées sont fausses. Et en effet, l’affaire rebondit le 13 janvier 1984 quand le Köln Express dévoile le pot-aux-roses. Le général est juste « victime » d’un sosie, un certain Jürgen, gardien d’une caserne de la Bundeswehr, et habitué du milieu gai de Cologne, notamment du bar le Tom Tom. Le ministre de la Défense campe pourtant sur ses positions. Il accorde une interview à Alexandre Ziegler, ancien rédacteur en chef de la revue homosexuelle Du und Ich, auquel il révèle qu’un jeune prostitué de Cologne a avoué avoir eu entre 20 et 30 relations sexuelles avec le général Kiessling, qui lui aurait avoué son identité !

L’affaire continue donc de faire grand bruit. La presse s’empare du sujet et fait ses unes sur la question homosexuelle. Le Köln Express publie un dossier « Comment ils vivent, pensent et souffrent » sur le mode de vie des gais ; le Stern met en couverture un couple d’hommes nus enlacés ; le Quick édite un reportage sur les bars de prostitués. Les débats se multiplient sur l’intégration des homos dans l’armée, gauche et droite s’opposant sur la question. Les Verts et le SPD demandent la réintégration de Kiessling et la démission du ministre de la Défense. La communauté homo, elle, s’en prend violemment à Alexandre Ziegler, auquel elle reproche de jouer le jeu du gouvernement et d’alimenter la suspicion sur l’homosexualité, avérée ou fausse, du général.

Au bout de deux mois, il faut se rendre à l’évidence. Le général n’est ni homo ni exposé au chantage. Le chancelier Helmut Kohl se voit contraint d’intervenir dans le débat et de réintégrer le général Kiessling, à quelques semaines de son départ à la retraite. Wörner garde in extremis sa place au gouvernement. La crise est finalement évitée. En attendant, la police rhénane a multiplié pendant toute cette période les descentes dans les bars homos de Cologne ! Surtout, toute cette affaire aura montré que le pouvoir militaire n’a pas hésité à prendre le prétexte de l’homosexualité pour virer un de ses cadres. Et si aucune histoire de sosie n’était apparue, le général aurait été limogé du seul fait de ses préférences sexuelles sans que cela émeuve grand monde…

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de décembre 2013

Sources : Gai Pied Hebdo n° 103 (21 janvier 1984) à 106 (11 février 1984)…

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Evénements | 11.11.2013 - 08 h 21 | 3 COMMENTAIRES
Novembre 1989, Les homos font le mur

201311_GPH3941989. L’Europe telle qu’on la connaît depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale vit ses dernières heures. Une Europe séparée en deux, observée de près par deux grandes puissances qui semblent encore se partager le monde. Depuis 1945, l’Allemagne est divisée en deux pays ennemis. Et deux Berlin vivent depuis l’été 1961 séparés par un mur, LE mur, symbole de la Guerre Froide et du système né de l’après-guerre. Personne n’y aurait cru quelques mois plus tôt, mais ce système est en train de vivre ses dernières heures. Le jeudi 9 novembre 1989, le monde assiste ébahi à la chute du Mur. Un événement considérable pour tous les allemands bien sûr. Mais comment l’ont vécu les homos des deux côtés de la frontière ?

Dès les premières heures, et durant tout le week-end qui suit, les berlinois vont à la rencontre de leurs futurs compatriotes et deux mondes totalement différents l’un de l’autre font connaissance. Les allemands de l’est, surtout, profitent d’un taux de conversion exceptionnel de 1 mark de l’est contre 1 mark de l’ouest (dès les jours qui suivent, le réalisme économique reprendra ses droits, et la moindre boisson dans un bar de l’ouest coûtera à un allemand de l’est l’équivalent de 500 francs) pour découvrir les plaisirs de la consommation occidentale. Les hétéros vont en famille visiter les sex-shops. Et les gais se ruent tout naturellement dans les bars, discothèques et autres lieux homos de Berlin-Ouest. Car, même séparée du reste de la République Fédérale, la ville est restée la capitale gaie du pays. Une capitale ouverte, vivant toute la nuit. Aussi, le Gay Center est littéralement pris d’assaut durant tout le week-end. Il faut patienter au minimum une demi-heure pour pouvoir accéder aux locaux !

La RDA et Berlin-Est ne sont pas pour autant particulièrement hostiles aux gais. Avant la chute du Mur, l’Allemagne de l’Est compte pas moins de 28 organisations homosexuelles, dont certaines reçoivent même des subventions de l’Etat communiste. A l’ombre de la porte de Brandebourg, les gais de l’est peuvent se retrouver dans quelques cafés gay-friendly, danser dans deux discothèques (Buschalle et Jagenheim), draguer la journée dans un sauna ou le soir dans les jardins, notamment au Friedrichstein ou au Märchenbrunen. Pour autant, ils sont fascinés par les lumières de l’ouest, et rêvent de pouvoir s’offrir des Doc Martens, un bombers ou une montre Swatch… Si l’Eglise protestante se montre très tolérante, si les médias prennent régulièrement fait et cause pour les homos (ainsi l’hebdomadaire féminin Für Dich, tiré à 900.000 exemplaires, explique-t-il à l’occasion à ses lectrices que « toute remarque désobligeante envers une personne homosexuelle est malvenue et contraire à la conception marxiste-léniniste de la personne humaine »), le manque de liberté et le système politique autoritaire restent très pesants pour les homos est-allemands, comme pour le reste de la population…

Très vite après l’euphorie des premiers jours, les visites s’inversent. Les allemands de l’est n’ont bientôt plus les moyens requis par la société de consommation. Les berlinois de l’ouest, au contraire, viennent profiter de l’est, les poches pleines de Deutsche Mark, paradant et vainqueurs, ostentatoires et dominateurs. Ils viennent consommer à bas prix, et « séduire » des garçons prêts à se vendre au plus offrant. Quelques vrais échanges ont heureusement lieu, mais restent réservés à la sphère privée…

Surtout, les gais est-allemands vont vite se rendre compte qu’au-delà des biens matériels, ils sont en avance sur l’ouest pour tout ce qui relève du droit. Car la RDA, au contraire de la RFA, a retiré dès 1968 de son code pénal le fameux paragraphe 175, instauré en 1871, et qui a permis à l’Etat nazi de persécuter et assassiner des milliers d’homosexuels. Un article qui interdit encore à tout gai de plus de 18 ans d’avoir des relations sexuelles avec un mineur de même sexe. Que va-t-il advenir avec la réunification qui s’annonce ? Les autorités penchent en effet pour appliquer la législation ouest-allemande à l’ensemble de la nouvelle Allemagne ! Les gais vont-ils tous vivre sous le joug du paragraphe scélérat, de la même manière que les femmes de l’est perdront la liberté d’avorter ?

Les débats sont vifs durant l’été 1990. Les Länder conservateurs de l’ouest, la Bavière en particulier, refusent absolument la suppression du paragraphe 175. Les Länder plus libéraux ne parviennent pas à se mettre d’accord. Berlin souhaite une majorité sexuelle à 16 ans, pour les homos comme pour les hétéros ; Hambourg veut même supprimer le paragraphe sans aucune contrepartie, ce qui abaisserait l’âge de la majorité sexuelle à 14 ans pour tous… Le 27 octobre 1990, une grande manifestation est organisée par les homos, d’Alexander Platz jusqu’à Berlin Ouest, soutenue par les Verts et le SPD. Le soir, une grande fête est organisée ; Jimmy Somerville en est la vedette. Quelques jours plus tard, des députés déposent un amendement destiné à empêcher le prochain Bundestag d’adopter l’extension du paragraphe 175 à toute l’Allemagne. Sur la lancée, l’organisation homosexuelle est-allemande Courage dépose auprès du Parlement de Berlin un projet de loi en vue l’obtenir un partenariat gai !

Las. La réunification de l’Allemagne, le 3 octobre 1990, alignera bien l’ex-RDA sur le système ouest-allemand ! Les gais devront encore attendre près de 4 ans (mars 1994) pour que le paragraphe 175 disparaisse définitivement de leur code pénal (il aura donné lieu à plus de 250 condamnations depuis la réunification !). Près de 25 ans plus tard, Berlin est devenue un des spots gais majeurs en Europe. Mais les homos allemands attendent toujours d’avoir le droit de se marier, même s’ils bénéficient depuis 2001 d’un partenariat réservé aux gais et aux lesbiennes…

 Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de novembre 2013

Sources : Gai Pied Hebdo n°387 (28 septembre 1989), n° 394 (16 novembre 1989), n°402 (12 janvier 1990), n°436 (27 septembre 1990)…