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C’était il y a 30 ans… les années Gai Pied
Un blog Yagg - Notre histoire
Evénements | 11.11.2014 - 07 h 32 | 2 COMMENTAIRES
Novembre 1990 : Allo maman, bobo

SISLe 13 novembre 1990 est lancée la Sis (Sida Info Service), ligne d’écoute nationale, anonyme et gratuite, ouverte 24h/24. Il s’agit d’assurer écoute et information sur le sida. Cette nouvelle association loi 1901 est créée via un partenariat entre l’AFLS (Agence Française de Lutte contre le Sida) et la fédération AIDES. Ecoutons Amédée Thévenet, son président, décrire les missions de la Sis : « Notre rôle est de proposer 24h sur 24 une réponse d’une technicité et d’une rigueur parfaites, sans poser de jugement moral ».

Le service, dirigé par Pierre Kneip,  est assuré en alternance entre des pôles régionaux (Bordeaux, Grenoble, Lille, Marseille, Rennes et Strasbourg) et une équipe basée à Paris. Les répondants sont pour la plupart des salariés ; l’association a embauché 60 personnes, dont une quinzaine à temps plein. Tous bénéficient d’une formation initiale d’un mois, suivie d’une véritable formation permanente, afin d’assurer une mise à jour régulière des connaissances sur la maladie et sur le réseau des intervenants locaux, professionnels ou associatifs. Les volontaires de AIDES assurent de leur côté la permanence tous les soirs de 19h à 23h. Sis a en effet intégré le système des permanences téléphoniques de Aides, qui n’avait jusque là bénéficié d’aucun intérêt des pouvoirs publics. Daniel Defert dénonce d’ailleurs une « réappropriation politicienne d’une création associative ».

La ligne d’écoute bénéficie en effet d’un financement public par l’AFLS et d’une communication importante. Et le succès est au rendez-vous. Alors que les responsables tablaient sur 100.000 appels la première année, on en compte plus de 20.000 le premier mois, 114.000 au bout de 4 mois ; 300.000 environ après 1 an. Le service touche toute la population. 60% des appels proviennent de province. Plus de la moitié d’hétérosexuels. 40% environ de femmes. Si les 30-40 ans sont les plus représentés, 1 appel sur 5 est passé par des adolescents qui profitent de l’anonymat du téléphone pour poser des questions générales sur la sexualité, ce qu’ils n’osent pas forcément faire au quotidien.

Si les questions les plus fréquentes portent sur la prévention et sur les pratiques sexuelles (et notamment sur les risques à pratiquer la fellation), la Sis répond à des besoins très variés. Ainsi de demandes de soutien psychologique, notamment par les appelants qui viennent d’apprendre leur séropositivité. Les appels de personnes en attente d’un résultat de test sont souvent les plus longs et les plus angoissés. On relève une vraie phobie de la maladie, des problèmes de solitude ou d’auto-exclusion des malades… Les appels peuvent aussi traduire des problèmes juridiques, de protection sociale, ou d’hébergement d’urgence à la sortie de l’hôpital. L’entourage des personnes atteintes se tourne aussi vers la Sis pour poser toutes sortes de questions. Les idées fausses demeurent  fréquentes : on continue de demander s’il y a des risques à s’asseoir dans des WC publics, à manger un plat préparé par un homosexuel…

Peu à peu, Sida Info Service devient donc aussi un nouvel observatoire de la situation épidémiologique et du ressenti par la population. Elle collecte de nombreuses informations sur les dysfonctionnements liés à la prise en charge de la maladie, qu’elle remonte ensuite aux autorités compétentes. Des appels de malades montrent par exemple qu’il existe encore de vraies difficultés relationnelles entre soignants et soignés.

Victime de son succès, la ligne d’écoute s’inquiète très vite de ses capacités à suivre la demande. Lorsque la télévision diffuse des émissions importantes consacrées au sida ou à la prévention, le standard est saturé pendant plusieurs jours. A certaines heures, la ligne est constamment occupée, et on estime que les appels traités ne répondraient qu’à environ un tiers des sollicitations. Malgré un budget annuel de plus de 16 millions de francs, l’association manque de moyens dès ses premiers mois d’existence. Mais, même confrontés souvent à des situations lourdes, les appelants continuent de répondre sans interruption, d’informer, d’écouter, et de mettre en relation les appelants, les associations, les professionnels de santé et les services administratifs.

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de novembre 2014. Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Sources : Gai Pied Hebdo n° 449 (20 décembre 1990), n°464 (4 avril 1991), n°513 (26 mars 1992)…

Le mois prochain : Décembre 1991, Hervé tire sa révérence.

Evénements | 10.10.2014 - 04 h 55 | 0 COMMENTAIRES
Octobre 1990, Les secrets de la forêt de Rambouillet

201410_Octobre90Le 18 octobre 1990, un amateur de champignons parti en forêt de Rambouillet tombe par hasard sur un corps d’homme, entièrement nu, en état de décomposition avancée, largement dévoré par les bêtes. Très vite, les enquêteurs découvrent l’identité de la victime ; il s’agit du pasteur Joseph Doucé, qui a mystérieusement disparu depuis bientôt trois mois…

Né en 1945, fils de cultivateurs flamands, naturalisé français en 1982, pasteur, psychologue et sexologue, l’homme était une figure marquante de la communauté gaie. Dans sa jeunesse, il avait quitté le séminaire catholique pour embrasser le culte baptiste. Pasteur à Lens et à Béthune, il était ensuite parti aux Pays-Bas pour y suivre des cours de psychopathologie à l’Université protestante d’Amsterdam, et des stages de sexologie consacrés à l’étude des minorités sexuelles défavorisées. De retour en France, il avait commencé ses activités pastorales dans un ancien théâtre porno de Pigalle, qui lui avait rapidement valu les surnoms de « pasteur porno » ou de « pasteur déchu ». Il n’hésitait pas non plus à revêtir sa tenue ecclésiastique pour se rendre dans les saunas et autres lieux de drague, à la rencontre des gais.

En 1976, il avait fondé le Centre du Christ Libérateur (CCL), qui lui permettait de réunir régulièrement des groupes de parole divers : pour les transsexuels, les travestis, les gais sourds et muets, les sadomasochistes, les lesbiennes, les bisexuels, les pédophiles… Et même pour les hétérosexuels à problèmes )impuissance, éjaculation précoce, malformations péniennes). Il avait lui-même défini ainsi le CCL dans les colonnes de Gai Pied, en 1989 : « Ce Centre, bien que d’inspiration chrétienne, s’adresse à tous, chrétiens, non-chrétiens et athées. Nous ne sommes ni une Eglise, ni une secte, mais une œuvre sociale. Nous pensons que le Christ est libérateur du péché et du sentiment de péché, de la culpabilité et des traditions, des tabous des gens dits bien-pensants. Jésus veut que l’homme soit libre et épanoui, y compris dans sa sexualité. » Dès la fin des années 70, le pasteur avait aussi commencé à donner ses « bénédictions d’amour et d’amitié » à des couples de même sexe. Il gérait l’association à l’anglo-saxonne, comme un centre de service, aux activités payantes ; ce qui lui avait souvent valu d’être tenu à distance des autres organisations homosexuelles, qui lui reprochaient aussi ses ambitions d’évangélisation.

Bref, un destin atypique, qui bascule en cette année 1990. Le 7 juin, le pasteur a ouvert une librairie associative, Autres cultures, dans le 17ème arrondissement de Paris, rue Sauffroy. Le soir du 19 juin, alors qu’il est à son domicile avec son ami, Guy Bondar, trois hommes en civil frappent à la porte de l’appartement, aux cris de « Ouvrez, police ! ». Doucé et Bondar appellent le commissariat du 17ème arrondissement, qui envoie des agents, lesquels parlementent avec les trois hommes, leur demandent leur carte professionnelle, avant de les laisser repartir sans rien dire… On apprendra plus tard qu’il s’agissait d’agents des Renseignements Généraux qui surveillaient étroitement le pasteur et sa librairie, dont l’inspecteur Jean-Marc Dufourg qui devait plus tard faire parler de lui… Un mois plus tard exactement, dans la nuit du 19 juillet cette fois, deux nouveaux hommes en civil, se déclarant policiers, se présentent à nouveau à l’appartement. Joseph Doucé accepte de les suivre, laissant Guy Bondar et un autre témoin à leur domicile. Depuis, plus personne n’a aucune nouvelle du pasteur !

La disparition mystérieuse est connue au mois d’août. Très vite, la presse s’empare de l’affaire. Les journalistes croient savoir que les autorités craignaient que le pasteur Doucé n’essaie de compromettre des personnalités connues, dont un ministre, dans de sombres histoires de pédophilie.  Il aurait par ailleurs organisé des voyages à l’étranger pour candidats au transsexualisme, empochant au passage de confortables commissions. Il serait enfin en lien avec l’association belge Gaie France, proche des milieux néo-nazis. La police laisse courir ces rumeurs, sans les admettre ni les démentir. Dès le mois d’août cependant, suite à une enquête de l’IGS dont la place Beauvau refuse de publier les conclusions, les quatre agents des Renseignements Généraux chargés de la surveillance de Doucé ont été mutés. Dufourg notamment a dû quitter la direction centrale des RG pour rejoindre la Préfecture de Police de Paris. Le 27 juillet, la juge Catherine Courcol ouvre une enquête judiciaire pour « arrestation et séquestration illégale ». Une lettre publique est envoyée à Pierre Joxe, ministre de l’Intérieur, pour demander des explications. En vain…

Alors que le pasteur reste introuvable, l’affaire rebondit une première fois en septembre. Un habitant de Sèvres, Pierre Didier, 34 ans, alerté par l’affaire, déclare qu’il a fait l’objet de manœuvres d’intimidations de la part des RG en début d’été. Des policiers s’étaient présentés chez lui le 3 juillet, avaient tiré dans la porte de son appartement, et avaient tenté de le convaincre d’infiltrer pour eux la librairie Autres cultures et l’entourage de Doucé ! Une enquête est immédiatement ouverte pour « violence et voies de fait avec armes par des fonctionnaires de police sans motif légitime dans l’exercice de leurs fonctions ». Très vite, elle montre que Jean-Marc Dufourg faisait partie des agents intimidateurs. Dès lors, les médias commencent à s’intéresser à l’ancien agent des RG, connu par ses collègues pour sa personnalité « complexe » et ses méthodes peu orthodoxes. Alors qu’il était chargé de la surveillance permanente du pasteur, il a mystérieusement abandonné son poste la nuit du 19 juillet et a effectivement été vu dans un bar de Saint-Maur à l’heure de l’enlèvement. D’abord arrêté le 18 septembre, Dufourg est finalement remis en liberté trois semaines plus tard, alors même que l’avocat général de la Cour d’appel de Versailles avait requis son maintien en détention.  L’affaire continue d’enfler. Dufourg est désormais défendu par Me Jacques Vergès, tandis que Guy Bondar est représenté par Me Olivier Metzner. Parallèlement, un Comité pour la vérité sur la disparition du pasteur Doucé est créé, présidé par Françoise d’Eaubonne, qui publie même un ouvrage sur la question.

La découverte du corps du pasteur, le 18 octobre, si elle relance l’enquête, ne permet toujours pas de la conclure. Les affirmations de Pierre Didier sont néanmoins confirmées : Jean-Marc Dufourg explique lui-même dans une interview au Figaro que ses supérieures hiérarchiques aux Renseignements Généraux lui auraient ordonné de recruter un jeune homosexuel pour infiltrer l’entourage du pasteur, et y repérer un éventuel réseau de pédophiles. Il était par ailleurs chargé de compromettre deux personnalités : Philippe Guilhaume, PDG d’Antenne 2 et FR3 ; et Pierre Arpaillange, ancien ministre de la Justice ! L’affaire prend peu à peu un tour politique. Philippe Ducloux, représentant de l’association Homosexualités Et Socialisme, demande à son tour à être reçu par Pierre Joxe, sans plus de succès que ceux qui ont déjà essayé. Les députés socialistes refusent l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur le fonctionnement des RG, sous prétexte qu’une enquête judiciaire est déjà en cours. Les esprits s’échauffent, et Didier Lestrade, président d’Act Up-Paris accuse même : « Je rends M. Joxe directement responsable de la disparition du pasteur Doucé et de tout ce qui se passe autour de cette affaire ».

Mais voilà, petit à petit l’affaire s’enlise. Le magazine Gai Pied continue régulièrement à informer ses lecteurs des maigres avancées de l’enquête. Les autopsies concluent à la mort du défunt par strangulation. Le samedi 1er décembre, le Comité pour la vérité sur la disparition du pasteur Doucé organise une cérémonie religieuse en la mémoire du disparu, suivie d’une marche jusqu’au Parvis des Droits de l’Homme, à laquelle participent plusieurs associations homosexuelle, dont le RHIF, les GPL, HES… Pierre Joxe finit par permettre à la juge Courcol d’accéder aux retranscriptions synthétiques des écoutes téléphoniques dont le pasteur faisait l’objet. Mais les bandes des enregistrements d’origine lui sont refusées ; on maintient aussi le secret sur l’identité de l’opératrice en charge de la retranscription de ces écoutes… Le 24 décembre 1990, un cambriolage dans les locaux du Syndicat national autonome des policiers en civil fait disparaître une trentaine de dossiers relatifs à des mutations ou des procédures de suspensions, dont celui de Jean-Marc Dufourg !

L’ex-agent des RG ne cesse pourtant de parler aux médias. Plusieurs fois invité chez Christophe Dechavanne (dans l’émission « Ciel mon mardi ! »), il témoigne aussi régulièrement dans la presse et finit par publier un livre, Section manipulation, de l’anti-terrorisme à l’affaire Doucé. Pour lui, toute l’histoire repose sur un scandale impliquant un proche de François Mitterrand. Joseph Doucé aurait été en possession de photos compromettantes de ce proche du Président de la République, et l’Etat serait alors intervenu pour protéger l’Elysée et son entourage. Les RG auraient alors monté de toute pièce une prétendue affaire de réseaux pédophiles autour du pasteur ; l’équipe de Dufourg n’aurait été qu’un paravent pour faire diversion, et laisser une deuxième équipe travailler dans l’ombre, qui aurait profité de l’absence de Dufourg le 19 juillet pour enlever Joseph Doucé ! Jean-Edern Hallier pousse cette thèse dans son propre journal, L’Idiot International, allant même jusqu’à avancer des noms pour le fameux proche du Président…

Malheureusement, cette sombre histoire finira par pourrir lentement, sans qu’on puisse jamais en découvrir le fin mot. Guy Bondar devra attendre près de deux ans avant de pouvoir récupérer le corps de son ami, resté tout ce temps entre les mains de la justice. Ce n’est que le 16 juillet 1992 qu’il pourra le faire inhumer dans les Yvelines, non loin de cette funeste forêt de Rambouillet où le promeneur l’avait découvert. La librairie Autres cultures et le Centre du Christ Libérateur auront alors depuis longtemps fermé leurs portes, personne ne se sentant ni la carrure ni l’envie de reprendre l’activité du disparu… Un non-lieu mettra un terme final à toute l’affaire en octobre 2007, sans que soient éclaircis les tristes secrets de la forêt de Rambouillet…

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois d’octobre 2014. Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Sources : Gai Pied Hebdo n° 432 (23 août 1990), n°442 (1er novembre 1990), n°472 (30 mai 1991)…

Le mois prochain : Novembre 1990, Allo maman, bobo.

Evénements | 12.09.2014 - 05 h 08 | 0 COMMENTAIRES
Septembre 1990, Un nouveau collectif

Logo de la Maison des Homosexualités

Logo de la Maison des Homosexualités

Le 24 septembre 1990 se tient à Paris une réunion de travail d’un Collectif des associations homosexuelles et de lutte contre le sida, qui rassemble la plupart des acteurs communautaires parisiens. Tous ou presque sont là : Act Up-Paris, Arcat-Sida, Positifs, le projet Ornicar, Aparts, SOS Ecoute gaie, les Gais Pour les Libertés, Homosexualités & Socialisme, le Rhif, FG, les Gais Retraités, le MAG, David & Jonathan, le Gage, le Beit Haverim, Santé et Plaisir Gai, le Patchwork des Noms, Agora, le CRIPS… Le sujet du jour : le collectif doit-il se constituer en association pour constituer un centre gai à Paris ?

Un tel centre existe déjà à New York (depuis 1984) ou Londres (1986). A Paris, ce projet affronte celui d’une « maison du sida », alors que la ville constitue la capitale européenne la plus touchée par la maladie. Les positions sont très difficiles à concilier, alors même que Dominique Charvet et l’Agence Française de Lutte contre le sida sont disposés à financer l’une ou l’autre des initiatives. Le 23 mars, Michèle Barzach, chargée de la question sida au sein de la Mairie de Paris, avait déjà tenté de réunir les associations, en vue de bâtir un  projet commun. En vain.

Un collectif s’est néanmoins créé, devant l’urgence de la situation. A Paris, 65% des malades du sida sont homosexuels. Ils ont besoin d’une « maison des gais » où ils pourront parler de leur séropositivité, trouver de l’information… Les travaux de réflexion se multiplient et Thierry Meyssan (Projet Ornicar) et Jean Le Bitoux (Arcat-Sida) finissent par proposer des statuts pour une fédération d’association, en vue de la création d’un centre gai. Las, ce projet est désapprouvé par la plupart des membres du collectif, qui craignent un manque de libertés pour les associations membres et, disons-le, se méfient de ses promoteurs…

Coup de théâtre pourtant le 7 décembre : soutenu par Aides Paris Ile-de-France et son représentant, Dominik Le Fers, Jean Le Bitoux tente un coup de force et annonce l’ouverture prochaine d’un centre gai expérimental. Il a même choisi de l’installer dans un lieu mythique, l’appartement de Frédéric Edelmann du 25 rue Michel-Lecomte, qui a déjà vu naître l’association Aides en 1984. Tout se fait un peu dans la précipitation, sans même que l’AFLS soit prévenu ni ne reçoive la moindre demande de subvention. L’Agence jouera néanmoins le jeu et financera immédiatement cette initiative, structure communautaire certes, mais qui, en favorisant une meilleure intégration des homosexuels, permettra de promouvoir une prévention qui s’essouffle, et de soutenir les malades, trop souvent rejetés par le milieu gai.

Frank Arnal dénonce un putsch, Didier Lestrade est furieux. Une fois de plus, Jean Le Bitoux n’en a fait qu’à sa tête, s’est approprié un projet qui n’était pas le sien à l’origine, et a pris la tête d’un petit groupe, en « oubliant » de prévenir la plupart des associations partie prenante. La machine est néanmoins lancée. Le lieu ouvre dès le 10 décembre, sans structure légale : il sera porté pendant plus de 2 ans par une autre association, le Civis, sans que la Maison des Homosexualités (nom finalement donné au projet dans les jours qui ont suivi) soit elle-même jamais constituée en association…

Un an plus tard, l’AFLS financera une nouvelle Maison des Homosexualités, à Lyon cette fois, autour de l’association Aris. L’occasion pour Françoise Varet, représentante de l’AFLS, d’expliquer l’intérêt de la structure : « L’insertion sociale des homosexuels est une condition essentielle pour l’adoption de comportements de prévention. Dire son homosexualité en province reste difficile. Notre but est de donner un lieu où les homosexuels puissent s’exprimer et rencontrer des acteurs de prévention. […] En incitant à la mise en évidence des associations homosexuelles, nous espérons être un levier pour l’engagement des élus locaux, réticents à se mobiliser sur ces thèmes. »

Et peu à peu, d’autres villes se lanceront à leur tour : Tours, Bordeaux, Rennes, Nantes Marseille. A Paris, la MH aura du mal à mobiliser le grand public et se révèlera avant tout un lieu inter-associatif. Une bibliothèque est ouverte, grâce à l’appui du ministère de la Culture ; tous les mois paraît le Gai Bulletin ; une ligne d’écoute est mise en place… Mais le lieu n’est pas adapté à recevoir du public. Il est surtout parasité par ses querelles internes et ses conflits de personnes ; Thierry Meyssan, engagé comme directeur, doit finalement démissionner en avril 1991.  Il faudra attendre la constitution du CGL, en mars 1993, et surtout son installation au 3 rue Keller, le 1er avril 1994, pour que les lesbiennes et les gais parisien trouvent enfin le lieu d’accueil et de soutien qu’elles-ils attendaient depuis des années…


Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de septembre 2014. Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Sources : Gai Pied Hebdo n° 440 (18 octobre 1990), n°448 (13 décembre 1990)…

Le mois prochain : Octobre 1990, Les secrets de la forêt de Rambouillet.


 PS : l’histoire détaillée de la Maison des Homosexualités et du Centre (Gai & Lesbien puis LGBT Paris Ile-de-France) est toujours disponible au bar du Centre, 63 rue Beaubourg, 75003 Paris

La première équipe de la Maison des Homosexualités, devant le 25 rue Michel Lecomte

La première équipe de la Maison des Homosexualités, devant le 25 rue Michel-Lecomte

 

Evénements | 15.07.2014 - 05 h 41 | 4 COMMENTAIRES
Eté 1990, Mort d’un fêtard

Le 23 août 1990, un jeune homme de 31 ans disparaît à Paris. Personnage polémique et décrié, c’est l’un des acteurs les plus importants de la vie gaie parisienne, et sans doute française, de la fin des années 80. Son nom : David Girard.

A 31 ans, David a déjà touché à tout, ou presque, et constitué un véritable empire de la nuit homo. Originaire de Saint-Ouen, où il sera inhumé, il a commencé sa « carrière » sur les trottoirs de la mythique rue Sainte-Anne, et dans les colonnes de petites annonces de Gai Pied ou France-Soir. Un passé qu’il ne reniera jamais, revendiquant lui-même pas moins de 13.000 passes. L’argent gagné lui permet d’ouvrir d’abord un salon de « massages », le David-Relax. Puis très vite, il multiplie les affaires. Un sauna, le King ; puis un autre, le King-Night. Un restaurant. Un journal gratuit, le 5/5, distribué dans toute la France ; puis un magazine payant, Gay International.

Et bien sûr, ses deux boîtes de nuit successives. Le Haute Tension, d’abord, inauguré le 14 décembre 1983, rue Saint-Honoré, qui dynamite la nuit gaie parisienne jusqu’en juin 1987. Puis le Megatown, plus grande disco gaie d’Europe. Sans doute son plus gros coup de comm. David a fait le pari en effet de quitter le Marais, pour investir les 2000 m² de l’ancien cinéma Louxor, à Barbès. Une boîte ouverte chaque semaine dès le mercredi, organisée autour d’une grande piste centrale modulable, mise en valeur par des podiums, des échafaudages, force lasers et drapeaux, fumigènes, écran géant. Des soirées à thème, gratuites en semaine, à prix cassés le reste du temps. Un tea-dance le dimanche soir. Bref, pour certains, la relève de Fabrice Emaer et du Palace… Le 20 juin 1987, 4.000 personnes se pressent à la soirée d’inauguration, le soir même de la Gay Pride. Pour l’occasion l’accès est gratuit, de même que les navettes qui relient le lieu à Châtelet, tous les quarts d’heure, de 23h à 6h du matin.

Fort de ces succès commerciaux, David est partout. Toujours en juin 1987, il sort son premier 45 tours, « Love Affair », morceau dance-music, complainte du business-man qui n’a « plus le temps de s’envoyer en l’air ». Un second suivra en 1989, « White Night », qui ne marquera pas davantage les annales et fera toujours aussi ricaner les moqueurs. Toujours à la même époque, il investit chaque soir l’antenne de la radio Futur Génération (ex- Fréquence Gaie, future FG), pour son émission de libre antenne « Lune de Fiel », coanimée avec Zaza Dior… Au printemps 1986, il a même eu le culot de publier ses mémoires, « Cher David ». Un OVNI de l’édition, qui lui vaut néanmoins un passage mémorable chez Bernard Pivot. Même si l’animateur le relègue en fin d’émission et le traite avec beaucoup de condescendance et de mépris, insistant plus que lourdement sur son passé de prostitué et son manque de culture, qui peut se targuer comme lui d’avoir « fait Apostrophes » ?

Figure marquante, David est loin de faire l’unanimité dans le milieu. On lui reproche sa mégalomanie, et surtout son manque de militantisme : il fait des affaires avec des établissements de sexe, à l’heure où le sida fait des ravages. Guy Hocquenghem lui-même se fend d’une tribune dans Gai Pied, en mars 1985, sobrement intitulée « Une ancienne pute », où il lance : « Monsieur Girard, ne montez pas au-dessus de la ceinture. Puisque vous faites votre argent dans le sperme, je vous en prie, un peu d’esprit de conséquence. Non, non, ne vous relevez pas : vous êtes, j’en suis sûr si naturel, à genoux dans la vapeur ». Mais au moins, David fait parler de lui et s’en amuse visiblement. Aussi, on oublie bien vite qu’en marge de ses activités, il finance et maintient la tête hors de l’eau une Gay Pride moribonde en y déployant ses chars, certes commerciaux. Que son groupe distribue gratuitement des centaines de milliers de capotes. Qu’il a laissé la consigne à ses employés de laisser Act Up-Paris accéder librement à ses établissements pour éditer des tracts, passer des coups de fil…

Officiellement, David Girard est décédé d’une « tumeur cérébrale foudroyante ». Personne n’ignore pour autant qu’il a à son tour été emporté par le sida. Une question qu’il a longtemps feint d’ignorer. En novembre 1984, l’éditorial de GI, intitulé « Merde au sida » avait ainsi consterné la communauté, à l’heure où les grands acteurs se réveillaient enfin de leur aveuglement face à la maladie. David Girard, emporté par son énergie et sa rage de vivre, ne l’aura pas vu venir, ni pour les autres, ni pour lui. Il aura préféré faire la fête jusqu’au bout, et entraîner les homos dans son sillage pour danser (et baiser) jusqu’au bout de la nuit.

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de juillet-août 2014. Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Sources : Gai Pied Hebdo n° 275 (20 juin 1987), n°433 (30 août 1990).

Le mois prochain : Septembre 1990, Un nouveau collectif.

 

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Evénements | 16.06.2014 - 04 h 51 | 1 COMMENTAIRES
Juin 1985, Les mœurs au Parlement

Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Au printemps 1985, la ministre des droits de la femme, Yvette Roudy, propose au Parlement une réforme du Code pénal visant à prolonger les lois antiracistes de 1972 et 1975 et à introduire une répression des discriminations sexistes. Le député PS de Haute-Saône, Jean-Pierre Michel, profite de l’occasion pour déposer un amendement qui condamnerait aussi les discriminations envers les homosexuels, au moins dans le cadre du travail.

Les contrevenants seraient désormais passibles de 2 mois à 2 ans de prison, et 3.000 à 40.000 FRF d’amende. Et les associations de défense des droits des femmes ou des homosexuels pourraient se porter partie civile en cas de procès… Il s’agit là d’une vieille revendication, portée notamment par le CUARH depuis les avancées législatives consécutives à l’arrivée de la gauche au pouvoir en mai 1981. A l’époque, le ministre délégué à la Fonction publique, Anicet Le Pors, avait déjà fait un premier pas en faisant disparaître les notions de « bonnes mœurs et de bonne moralité » du code de la fonction publique.

Afin de faire passer plus facilement la nouvelle mesure (d’abord refusée par le gouvernement dans son projet de loi), Jean-Pierre Michel a choisi de s’appuyer sur la notion de mœurs, plus large que celle d’orientation sexuelle. Le jeudi 23 mai 1985, en première lecture à l’Assemblée Nationale, c’est le carton plein. L’amendement est voté à la quasi unanimité des députés ; même la droite a voté pour !

Mais tout se complique au Sénat. La commission des affaires sociales de la Chambre Haute avait déjà proposé à l’unanimité, socialistes et communistes compris, de rejeter l’amendement. Et c’est bien ce qui arrive le 17 juin. Les sénateurs ont apparemment été sensibles aux arguments du centriste Louis Boyer, rapporteur du projet de loi : « Avec l’amendement de Jean-Pierre Michel, on n’aura plus le droit de refuser d’embaucher un anthropophage. On va autoriser des mœurs ultra-laxistes, alors que nous vivons dans une société de gens normaux. Il y en a peut-être [des homos] au gouvernement, mais de là à vouloir transformer la société en société homo, il y a de la marge. […] Si l’Assemblée Nationale persiste, on dira qu’elle a des mœurs spéciales. »

Quand le texte revient en deuxième lecture à l’Assemblée, le 26 juin, le député UDF Gilbert Gantier emboîte le pas sur son collègue sénateur : « Le groupe socialiste a toujours été très favorable à l’homosexualité et il a fait disparaître du Code pénal un certain nombre de dispositions relatives à cette … caractéristique. Vous voulez aujourd’hui poursuivre cette œuvre. […] Cela me conduit à penser à la pédophilie. […] Vous allez trop loin, vous poursuivez des objectifs inadmissibles. ». La majorité de gauche vote néanmoins à nouveau en faveur de l’amendement.

Au Sénat le 28 juin, Louis Boyer remonte au créneau : « Outre que le terme employé est excessivement vague, il permettrait une assimilation entre les femmes et les homosexuels, tout à fait préjudiciable au sexe féminin ». Ce réquisitoire séduit visiblement la sénatrice PS Cécile Goldet, qui lui répond publiquement : « Je suis sensible à l’argument de M. le rapporteur » ! L’homophobie vit décidément de belles heures…

Après un nouveau rejet par le Sénat, il faudra finalement attendre le 29 juin pour que l’Assemblée Nationale tranche définitivement le débat et adopte la loi et son amendement sur les mœurs, en troisième et dernière lecture. Les avancées des droits des homos ne sont décidément jamais un long fleuve tranquille.

 

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de juin 2014. Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Sources : Gai Pied Hebdo n° 172 (1er juin 1985), n°175 (22 juin 1985), n°177 (6 juillet 1985).

Le mois prochain : Août 1990, Mort d’un fêtard.

Evénements | 02.06.2014 - 04 h 31 | 8 COMMENTAIRES
Mai 1987, L’heure de « vérité » de M. Le Pen

201405_Mai87Le mercredi 6 mai 1987, Jean-Marie Le Pen est à L’heure de vérité, la grande émission politique d’Antenne 2. Comme à son habitude, celui qui est alors député de Paris (en mars 86, 35 députés frontistes et apparentés ont fait leur entrée à l’Assemblée Nationale) profite de cette tribune nationale pour provoquer de nouvelles polémiques et accaparer ainsi l’espace médiatique. L’immigration le lui suffisant plus, il trouve un nouveau thème porteur : le sida.

Près de 30 ans plus tard, ses propos sont encore dans toutes les mémoires : « Le sidaïque, si vous voulez, j’emploie ce mot-là, c’est un néologisme, il n’est pas très beau, mais je n’en connais pas d’autres, celui-là, il faut bien le dire, est contagieux, par sa transpiration, ses larmes, sa salive, son contact. [] C’est une espèce de lépreux. [] Les sidaïques, en respirant du virus par tous les pores, mettent en cause l’équilibre de la nation.  » Poursuivant sur la voie des contre-vérités pseudo-médicales, il explique aussi, sans donner plus de détails, « On a dit aux Français qu’il suffisait de se doter de préservatifs pour se mettre à l’abri de la contagion. C’est faux. ». O

Dérapage ? Pas vraiment. Le Pen contrôle bien ses propos et les a volontairement prononcés. Il reprend les thèmes et les mots qu’il développe depuis plusieurs semaines déjà, à la suite des théories fumeuses du docteur Bachelot, expert de la question du sida au FN. Ce dernier expliquait déjà un mois plus tôt dans les colonnes du Gai Pied : « Les sidaïques sont de véritables bombes virologiques. On ne fera pas de progrès dans la lutte contre le sida sans isoler les patients. Il existe bien des centres anticancéreux ! Si on laisse les malades dans des hôpitaux généraux, ils seront mal soignés. Le personnel n’est pas assez compétent. » Et Le Pen de proposer à sa suite de « transformer les sanatoriums de France en sidatoriums. »

« Sidaïque » et « sidatorium », les mots sont lâchés. Après les avoir testés en meetings, Le Pen les inaugure à la télévision française à une heure de grande écoute. Même l’un de ses interviewers, Jean-Marie Colombani, se laisse manipuler et les reprend sans sourciller : « 250.000 sidaïques, avez-vous dit… ». Le mot stigmatise et facilite le discours sur la mise en quarantaine

Le but en tous cas est atteint. Durant les jours qui suivent, tout le monde ne parle que des dernières déclarations de Le Pen. Le tollé est total auprès de la communauté scientifique et des associations de lutte contre le sida. Et, à de rares exceptions près, la classe politique dans son ensemble clame son dégoût. Michèle Barzach, ministre de la Santé, déclare par exemple « Non, la chasse à ce que vous avez appelé les ‘sidaïques’, et ce terme est teinté des relents de notre histoire la plus tragique, cette chasse n’est pas ouverte. » et dénonce une « litanie de mensonges, de falsifications et de contre-vérités ».

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de mai 2014. Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Sources : Gai Pied Hebdo n° 266 (18 avril 1987), n°270 (16 mai 1987), n°271 (23 mai 1987)…

Le mois prochain : Juin 1987, Les mœurs au Parlement.

Evénements | 14.04.2014 - 05 h 47 | 0 COMMENTAIRES
Avril 1992, Alerte sur le 3615

201404_Avril92Le 14 avril 1992, plusieurs éditeurs de serveurs télématiques gais reçoivent des lettres officielles, leur signifiant pas moins qu’une mise en demeure avant décâblage, c’est-à-dire coupure de leur service. France Telecom a semble-t-il décidé de faire un grand ménage de printemps sur les réseaux minitel de rencontres entre hommes. Sont particulièrement visés le 3615 BOY (du groupe Illico) et le 3615 NIC (du groupe Gai Pied).

La décision n’est pas nouvelle. En tout début d’année, les anciens PTT ont déjà déconnecté le serveur 3615 FONE, de tendance plutôt SM. Le Comité consultatif du kiosque télématique lui reprochait un manque de respect des bonnes mœurs, et de contrevenir ainsi au Code pénal. Et ce même comité avait alors annoncé étudier d’autres cas de minitel rose. Un secteur déjà touché par les nouvelles mesures fiscales de Bercy : Michel Charasse vient de classer une trentaine de messageries roses dans une liste de « services interactifs à caractère pornographique », ce qui les soumet à une nouvelle taxation de 50%, mesure votée en décembre 1989 suite à un amendement déposé par une certaine… Christine Boutin ! (Cette chère Christine restait pourtant light : le député Philippe Auberger demandait lui de porter la taxe au taux confiscatoire de… 100% !)

En ce mois d’avril, il est donc reproché à de simples services de rencontres de contrevenir eux aussi aux bonnes mœurs, alors qu’ils sont accessibles « à tout public et notamment aux enfants et adolescents ». Mais au-delà de ces simples services, c’est la survie financière de deux groupes de presse qui est menacée. Personne n’ignore en effet que le minitel rose finance globalement la presse papier ; Staff, société éditrice d’Illico, tire par exemple du minitel 40% de ses revenus !

Des aménagements apportés sur le 3615 NIC convainquent finalement France Telecom. Mais le 3615 BOY reste dans le collimateur du Comité consultatif du kiosque télématique, dont les membres sont nommés par le ministère des Postes et Télécommunications, comité au sein duquel les usagers sont largement représentés par des associations familialistes. Il est reproché au service d’être « contraire à la nécessaire protection des enfants et adolescents », et « d’altérer l’image du kiosque télématique grand public ». On invoque par exemple les pseudos « slip tendu » ou « jh nu je trike un max » pour montrer le danger du service…

Le SNEG a beau lancer une pétition, rien n’y fait. Le service est arrêté le 15 août. Le groupe Illico devra donc se réinventer pour trouver un nouveau modèle économique ; il ne le sait pas encore, mais cela le préparera à l’arrivée d’internet, qui conduira peu à peu à la disparition du minitel. Les pouvoirs publics, eux, ne s’arrêteront pas en si bon chemin : dès le mois de septembre, les 3615 BOMEC, HMUR et HBI disparaîtront eux aussi. Les familles seront sans doute rassurées et pourront à coup sûr laisser leurs bambins jouer sans risque sur la grosse boîte à côté du téléphone !!

 Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois d’avril 2014. Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Sources : Gai Pied Hebdo n° 519 (7 mai 1992), n°532 (27 août 1992), n°538 (8 octobre 1992)…

Le mois prochain : Mai 1987, L’heure de vérité.

Evénements | 20.03.2014 - 05 h 54 | 0 COMMENTAIRES
Mars 1992, Les associations disent NON

Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

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4 mars 1992. Aides, le Crips, Aparts et d’autres associations se sont réunies dans les locaux de Médecins du Monde, pour faire une conférence de presse unitaire, et annoncer leur opposition à un dépistage systématique et obligatoire du sida. Ils dénoncent là une mesure liberticide « qui s’oppose à tous les efforts de prévention qui ont été développées dans les dernières années », qui conduirait à la coercition et la répression, alors que « la prévention doit passer par l’implication de l’individu ou une pédagogie responsabilisatrice.  »

Le débat enfle en effet depuis plusieurs mois, depuis que la députée RPR (et future ministre de la Santé)  Elisabeth Hubert a déposé fin 1991 un amendement à l’Assemblée Nationale, appelant à un test obligatoire lors des examens prénuptiaux et prénataux. Amendement repris par la commission des affaires sociales, culturelles et familiales qui lui a emboîté le pas ; le rapporteur PS Jean-Claude Boulard explique ainsi : « Quand on ne sait pas traiter, on fait du dépistage et l’on prend des précautions – après tout, il n’y a pas une liberté de contaminer ! ».

Au gouvernement, Jean-Louis Bianco, ministre des Affaires sociales, a annoncé dans la foulée la tenue d’un grand débat national. Mais il n’invite que les instances officielles (CNS, Ordre des médecins, AFLS…), excluant les associations de lutte contre le sida de toute consultation. Act Up-Paris réagit le plus violemment, quand une vingtaine de ses militants s’introduisent le 24 janvier 1992 au ministère de la Santé, et s’enchaînent dans le hall jusqu’à ce que, 3 heures plus tard, le ministre Bruno Durieux finisse par les recevoir, avant de se déclarer personnellement opposé à des mesures de dépistage obligatoire.

Début mars, pourtant, le Conseil National de l’Ordre des Médecins relance la polémique en émettant un avis favorable à la mesure, au nom d’une « pédagogie efficace pour la personne séropositive et séronégative ». Avis contredit quelques jours plus tard par le Haut Conseil de la santé publique, qui préfère de son côté un accès plus facile au dépistage volontaire. C’est dans ce contexte qu’intervient donc la conférence de presse inter-associative du 4 mars. Et le 19 mars, la Ligue des Droits de l’Homme émet à son tour un communiqué condamnant le dépistage systématique, suivie par Médecins Sans Frontières et le Comité national d’éthique.

Finalement, une réunion interministérielle se réunit début avril sur le sujet. Elle finit par renoncer officiellement au caractère obligatoire du dépistage, malgré les hésitations d’Edith Cresson, alors Première ministre. Le débat accouche néanmoins sur l’annonce de toute une série de mesures incitatives : les tests prescrits seront dorénavant remboursés à 100% par la Sécurité sociale ; le nombre de Centres de Dépistage Anonyme et Gratuit sera doublé ; les dispensaires antivénériens et les centres de planning familial seront désormais habilités à mener eux aussi des tests gratuits ; et l’Etat enfin injectera 60 MF supplémentaires dans les actions de prévention et de lutte contre le sida, dont le budget passera ainsi de 140 MF en 1991 à 200 MF en 1992. Les violents débats du début d’année auront au moins amené le gouvernement à réagir de manière notable dans le combat contre le VIH…

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de mars 2014

Sources : Gai Pied Hebdo n° 499 (19 décembre 1991), n°511 (13 mars 1992), n°515 (9 avril 1992)…

Le mois prochain : Avril 1992, Alerte sur le 3615.

Evénements | 17.02.2014 - 05 h 19 | 2 COMMENTAIRES
Février 1979, Un numéro 0 prometteur

Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

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Ils ne le savent pas encore, mais ils ont entre les mains un numéro historique. En ce mois de févier 1979, 20.000 chanceux lisent le numéro 0 d’un nouveau journal lancé par Jean Le Bitoux et Gérard Vappereau, un mensuel adressé aux homosexuels qui leur parlera d’actualité, de politique, de culture… Le début d’une aventure qui durera près de 14 ans et 541 numéros. Le Gai Pied est né.

Ce numéro test, gratuit, est un tel succès qu’un second tirage de 5.000 exemplaires supplémentaires est lancé. Une centaine d’abonnements sont souscrits dans la foulée. Et dès le numéro 1, en avril, les lecteurs sont au rendez-vous. Le journal veut embrasser l’intégralité de l’actualité. Celle  des mouvements gais et lesbiens, bien sûr, mais aussi les événements de la vie de tous les jours. L’édito du numéro 1 explique l’objectif du projet : « Notre propos : restituer aux gais, les homosexuels d’aujourd’hui, un lieu pour s’exprimer, un lieu pour discuter. Etre aussi un lieu alternatif à tout ce que les médias racontent sur l’homosexualité bien trop souvent pour justifier et prêter main forte à des campagnes de moralisation d’un autre âge. Mais si nous privilégions l’information internationale, pratiquement introuvable dans le reste de la presse, ou si nous offrons aussi un espace pour la création homosexuelle écrite et graphique, nous ne voulons pas parler que d’homosexualité : on nous y a réduits trop souvent et depuis trop longtemps. »

Monté à l’origine par des bénévoles, le Gai Pied est imprimé sur du papier journal, grâce au concours de la Ligue Communiste Révolutionnaire qui lui prête son imprimerie. Il adopte immédiatement une ligne politique de défense des droits des homosexuels. Grande nouveauté, qui assoira son succès, il est distribué par les NMPP et ainsi diffusé dans les kiosques partout en France. Ceci permet d’en faire un mensuel proche de ses lecteurs, s’intéressant à l’actualité nationale. Afin de resserrer les liens avec le public (et de récolter des fonds), Gérard Vappereau a l’idée d’organiser une grande fête de lancement, au Bataclan, le 30 avril. Pas moins de 2.500 homos viennent assister à cet événement fondateur…

Si l’engouement est manifeste, la survie économique reste précaire. Dès le mois de novembre, le journal est contraint de faire un appel public à soutien. L’équilibre financier est finalement trouvé grâce à la diffusion de petites annonces, qui connaissent un succès énorme, permettant aux gais de faire des rencontres à travers tout le pays.

Dès le début, de grands noms (Foucault, Hocquenghem, Sartre, Duras…) proposent des articles de fond et des analyses. Si la ligne éditoriale est très militante dans les premiers numéros, elle laisse la place aussi à des sujets plus légers. Le Gai Pied s’engage à ses débuts pour l’abrogation des articles relatifs à l’homosexualité qui demeurent dans le Code Pénal, et pour l’égalité des droits. Au tournant des années 80, il prend le parti de François Mitterrand

Peu à peu il lui faudra néanmoins faire évoluer sa formule, pour mieux coller aux attentes des lecteurs. A partir de décembre 1982, il adoptera un format magazine et un rythme mensuel, qu’il gardera pendant presque 10 ans. Les pages s’ouvriront aussi à des photos de nus en page centrale, mais le journal conservera toujours une ligne éditoriale variée, sérieuse, fouillée, qui fera plusieurs fois référence dans la presse française, jusqu’en octobre 1992. S’il a disparu depuis plus de 20 ans, il reste dans les mémoires comme une aventure humaine et militante majeure des années 80 et a permis à des milliers d’homosexuels de s’informer et de réseauter bien avant l’apparition d’internet et des nouveaux médias…

Chronique parue initialement dans la lettre d’information Genres du mois de février 2014

Sources : Gai Pied n° 0 (Février 1979), n°1 (Avril 1979)

Avec l’aimable autorisation du site Gayvox.fr. © webscape SAS

Bonus | 03.02.2014 - 07 h 34 | 2 COMMENTAIRES
La Folle Histoire du Centre

Le livret sur l’histoire du Centre Gai & Lesbien de Paris (Centre LGBT Paris ÎdF aujourd’hui) est enfin disponible, auprès du bar du Centre (63, rue Beaubourg – 75003 Paris), pour 2,50€ l’exemplaire.

FolleHistoire

Photo de couverture :
© Tom Craig / Directphoto.org

Ca y est. Le livret sur l’histoire du Centre Gai & Lesbien de Paris (Centre LGBT Paris ÎdF aujourd’hui) est enfin disponible, auprès du bar du Centre (63, rue Beaubourg – 75003 Paris), pour 2,50€ l’exemplaire. Nos 20 ans (le Centre est né en 1993) ont été l’occasion de reconstituer ce passé riche et souvent mouvementé. Depuis avril dernier, ça a été l’occasion pour moi de replonger dans cette aventure dont je ne connaissais que des bribes éparses, de dépouiller une à une toutes nos archives, et surtout de faire la rencontre de celles et ceux qui nous ont précédé, qui ont donné leur temps, leur énergie, leur volonté, pour faire émerger puis durer un Centre fait par et pour les lesbiennes et les gais et leurs amis. Avant de s’ouvrir peu à peu aux bis et aux trans (ça n’a pas toujours été facile, il ne faut pas se voiler la face, mais ma foi, je pense que ça va bien mieux aujourd’hui).

Depuis les premières formes de Centre à Paris (les CHA, l’Escargot, Agora, et surtout la Maison des Homosexualités) jusqu’à juillet 2012, j’ai tenté de faire revivre cette grande aventure, qui colle souvent à l’histoire de la communauté : les ravages du sida, l’enterrement politique de Cleews, les querelles (et je suis soft) inter-associatives, la faillite de la LGP, les soubresauts du PaCS, l’arrivée de la gauche à l’Hôtel de Ville et le projet de Grand Centre. Tout y passe et j’espère n’avoir rien oublié. Je retiens de tout cela les grandes fêtes fondatrices, le soutien unanime de la « communauté », les audaces, et surtout l’investissement total de tous nos prédécesseurs.

Voilà, maintenant, cette histoire est disponible, et l’espère qu’elle éclairera les lecteurs et curieux sur l’histoire des 20 dernières années, sur notre histoire à toutes et à tous. Et je profite de ce blog pour en faire un peu de pub (NB : ni moi, ni les autres contributeurs à ce livret ne touchons rien, et les 2,50€ restent au Centre, afin notamment de compenser les coûts d’impression). Quelques extraits pour essayer de vous donner l’eau à la bouche ?

18 janvier 1993. Une petite cinquantaine de représentants d’associations gaies ou de lutte contre le sida se réunissent à Paris, en Assemblée Générale Constituante. Les Amis de Bonneuil, l’ACGLSF, les Caramels Fous, les Gais Retraités, le MAG, Rando’s IDF, le Gai Moto Club, Act Up-Paris, Arcat Sida, le CRIPS, le groupe David Girard, le SNEG, l’Association des Médecins Gais, David & Jonathan IDF, le FAR, SOS Ecoute Gaie… viennent de créer le Centre Gai et Lesbien, dont les statuts seront déposés à la Préfecture de Police de Paris le 22 mars. Une véritable aventure commence, faite d’espoirs, de volontés, de rêves, de travail, d’engagement, de solidarité, mais parfois aussi de crises, de coups de gueule, de putschs, de faillites. Une aventure qui dure depuis plus de 20 ans, menée tambour battant par et pour les lesbiennes, les gais, les bis, les trans, les queers… Par et pour tous ceux qui veulent, à un moment ou un autre de leur vie, s’engager dans des combats quotidiens au service d’une communauté diverse et perpétuellement en mouvement…

[…]

La nouvelle équipe parvient tout d’abord à décrocher une nouvelle source de revenus, via une subvention de 400.000F attribuée par Ensemble Contre le Sida, dont le premier Sidaction, réunissant toutes les chaînes de télévision autour d’un même programme le 7 avril 1994, est un grand succès. Dès lors, il est possible de passer à la vitesse supérieure et d’ouvrir enfin le Centre attendu depuis si longtemps. Le 1er avril 1994, le CGL ouvre ses portes au 3, rue Keller, dans un local de 125 m², en rez-de-chaussée, avec une grande vitrine ouverte sur la rue (juste en face d’une école primaire). Philippe Labbey a contracté un bail précaire pour ce qui était auparavant une galerie d’art. Pierre Bergé, patron de la maison de couture Yves Saint-Laurent, accepte de se porter caution pour ces nouveaux locaux. C’est un engagement général qui accompagne cette ouverture. Les commerces (et pas uniquement ceux de la rue Keller) n’hésitent pas à apporter leur soutien, à subventionner des équipements. La gestion du lieu commence à une dizaine de volontaires, dans l’improvisation totale, mais dans une folle ambiance…

Le CGL a donc enfin les moyens de recevoir du public. L’accueil devient la clé de voûte de l’association, qui ouvre désormais ses portes chaque jour de 14h à 20h. Très vite, on inaugure aussi une cafétéria, une bibliothèque, un coin pour les expositions. Un premier salarié, Fabrice Laurens, est chargé d’assurer la coordination des volontaires et l’ouverture quotidienne des locaux. Un bureau permet d’assurer des permanences téléphoniques (pour l’Association des Médecins Gais ou pour SOS Homophobie). Le soir, les associations peuvent investir la salle de réunion ou la salle d’accueil. Elles mettent aussi en place des permanences hebdomadaires pour recevoir leurs propres publics. L’espace permet d’organiser des rencontres et des soirées. La Gay Pride de 1994 voit ainsi la tenue au CGL de pas moins de 13 débats.

[…]

Les débuts du Centre s’avèrent donc fortement liés à la problématique du VIH. Un événement majeur marquera d’ailleurs notre histoire. En septembre, Cleews Vellay, hospitalisé à l’hôpital Bichat, rend son mandat de président d’Act Up-Paris. Se sachant condamné, il demande que sa mort prochaine donne lieu à une vraie cérémonie au CGL, où il veut que son corps soit exposé. Quand il décède le 18 octobre, à l’âge de 30 ans, Pierre Bergé et Line Renaud interviennent auprès des autorités nationales et municipales afin que ses dernières volontés soient respectées. Le corps de Cleews peut donc être présenté au Centre et ses obsèques, le 26 octobre, voient un cortège funèbre de plus de 500 personnes aller de la rue Keller jusqu’au cimetière du Père-Lachaise ! Un « enterrement politique » dans la droite ligne d’Act Up, qui allait intégrer le Centre dans cette histoire forte et dramatique…

[…]

Le CGL première époque atteint en quelque sorte un point culminant au printemps 1997, en marge des Eurogames et de l’Europride, organisés à Paris. A cette occasion, il s’associe au Kiosque Info Sida pour proposer un grand centre d’accueil, en plein Marais, rue du Bourg-Tibourg, l’Eurocentre. Durant trois semaines, du 7 au 29 juin, 4 salariés (3 mi-temps pour le Centre, 1 plein-temps pour le Kiosque) ainsi qu’un grand nombre de bénévoles venus de toutes les associations, dont le MAG et le CGPIF (ancêtre de la Fédération Sportive Gaie et Lesbienne) se relaient pour accueillir 16.500 personnes (souvent non habituées au milieu associatif), distribuer 30 millions de préservatifs, proposer les prospectus de la plupart des associations, conseiller sur les lieux de sortie, porter des messages d’information sur le VIH et la toxicomanie… Des volontaires de Aides viennent aussi recevoir du public pour des entretiens personnels à la demande. Un grand conclave est organisé entre les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence de différents couvents français, australiens, américains, allemands… Une ligne d’écoute est aussi assurée, l’EuroHealthLine, pour répondre à toutes les questions. Sans compter bien sûr des expositions et des débats. Et durant la marche, le Centre défilera sur un grand char recréant une piscine remplie de boules de polystyrène.

[…]

Le principal changement qui affecte le Centre en 2001 est l’élection d’une nouvelle majorité municipale à Paris. La capitale investit Bertrand Delanoé et la gauche à la tête de l’Hôtel de Ville. Dès l’été, la nouvelle majorité, dans le cadre de son budget rectificatif, accorde une subvention de 200.000F au Centre, confirmée ensuite par une convention signée le 22 octobre. Un grand bol d’air frais, alors que la DDASS a réduit sa propre participation à 500.000F (contre 900.000F l’année précédente). Ce sera LE grand tournant dans le mode de financement du Centre. Si celui-ci a débuté par des subventions exclusivement consacrées à la lutte contre le sida, il a évolué peu à peu vers des problématiques sociales. C’est à compter de 2001-2002 que les collectivités locales vont peu à peu devenir au fil du tempsles principaux financeurs… Surtout, la Mairie donne son accord pour un projet de Grand Centre, espéré depuis des années.

[…]

L’autre grande affaire concerne donc le nouvel local, tant espéré depuis… 1995. Le déménagement est d’abord repoussé à la fin 2006, les travaux de remise en état du bâtiment s’avérant plus lourds que prévus. Peu à peu, on s’oriente même vers le 3ème trimestre 2007. Or, durant l’été 2006, un important dégât des eaux au 3 rue Keller dégrade encore des locaux de plus en plus vétustes. Dans l’urgence, on envisage d’abord un déménagement temporaire et intermédiaire pour finalement renoncer. Des poutres porteuses ayant littéralement pourri, un échafaudage de soutènement est installé, réduisant l’espace au détriment des expositions, mais préservant la sécurité des volontaires, des associations et des visiteurs. Dans ce contexte de plus en plus « glauque », la fréquentation commence à diminuer.

Heureusement, le projet de déménagement finit par aboutir, même s’il ne fait pas l’unanimité en interne ; Christine Le Doaré est d’abord contrainte de batailler pour convaincre un certain nombre de volontaires de s’y engager à fond. Une grande fête de soutien est organisée le 13 janvier aux Folies Pigalle, et les nouveaux locaux peuvent finalement ouvrir leurs portes au public le 19 février 2008. Un nouveau logo est adopté pour l’occasion. L’inauguration officielle, en présence du maire de Paris, Bertrand Delanoé, et de son adjoint à la culture, Christophe Girard, a lieu le 26 février. On y voit également Denis Baupin (adjoint aux transports), Patrick Bloche (député de Paris), Pierre Aidenbaum (maire du 3ème arrondissement) et Dominique Bertinotti (maire du 4ème arrondissement), qui tiennent tous à réaffirmer que le Centre peut compter sur l’appui de la municipalité.